Sécurité mondiale des vaccins

Sécurité des adjuvants1

Extrait du rapport de la réunion du GACVS du 10 au 11 juin 2004, publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire de l'OMS du 16 juillet 2004

Cette partie de la réunion s’est tenue avec des chercheurs de l’université et de l’industrie ainsi qu’avec des experts en matière de réglementation des vaccins. Le Comité a écouté les présentations faisant le point sur le développement scientifique d’un certain nombre d’adjuvants nouveaux et a débattu des éventuelles difficultés d’examen des dossiers par les autorités nationales de réglementation. Les normes actuelles de l’OMS publiées dans la Série de Rapports techniques et concernant la production, le contrôle de qualité et l’évaluation clinique et pré-clinique des vaccins pour ce qui est des adjuvants, ont été présentées au Comité. Les réglementations applicables aux adjuvants présents dans les vaccins ont été examinées, dont celles comme de l’Agence européenne pour l’Evaluation des Médicaments, du Comité des spécialités pharmaceutiques et du groupe d’experts sur les vaccins, ainsi que les projets de directives sur les adjuvants vaccinaux et les recommandations OMS sur l’évaluation pré-clinique et clinique des vaccins.

Au cours des dix dernières années, un grand nombre d’adjuvants nouveaux ont été mis au point et évalués cliniquement. Lors de sa réunion, le Comité a examiné le cas des adjuvants suivants: des émulsions huile/eau, comme le MF59 et le Montanide ISA 720, des immunostimulants comme le monophosphoryl lipid A, les oligonucléotides contenant la CpG, les saponines telles que le QS21, ainsi que des adjuvants mucosal constitués d’exotoxines bactériennes développées pour l’administration nasale et orale. Différents adjuvants existent déjà dans des vaccins ayant reçu une autorisation de mise sur le marché. D’autres devraient être disponibles dans les prochaines années. Quelques uns joueront un rôle dans le développement scientifique, l’efficacité, l’innocuité et la qualité des nouveaux vaccins mis au point contre plusieurs affections, notamment le VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme, la leishmaniose et d’autres maladies. De plus en plus, les adjuvants serviront à faciliter d’autres modes d’administration des vaccins, au niveau des muqueuses par exemple.

Les questions concernant l’innocuité exigeront une connaissance approfondie des effets des adjuvants sur la réponse immunitaire et les mécanismes associés. La réglementation actuelle devra tenir compte des données scientifiques nouvelles concernant les adjuvants. L’innocuité des adjuvants est un domaine important et négligé. Dans la mesure où les adjuvants ont leurs propres propriétés pharmacologiques, susceptibles de modifier l’immunogénicité et la sécurité des vaccins, l’évaluation de leur innocuité est indispensable.

Les participants à la réunion ont conclu que l’OMS aura un rôle important en facilitant le dialogue entre la communauté scientifique, l’industrie et les organismes de réglementation, et en fixant des normes qui seront publiées dans la Série de Rapports techniques, afin de garantir une réglementation cohérente dans ce domaine complexe. La survenue d’événements indésirables attribuables aux adjuvants doit être documentée et analysée, puis l’information diffusée. C’est là un autre rôle important pour l’OMS. Un grand nombre de nouveaux adjuvants seront probablement utilisés dans des vaccins destinés à lutter contre des affections endémiques des pays en développement; il est donc souhaitable que les chercheurs de ces pays soient impliqués. Des systèmes de surveillance de l’innocuité et une formation adéquate seront nécessaires.

En examinant un cadre possible pour les études d’innocuité des adjuvants, l’attention a été attirée sur les difficultés de prévision de l’innocuité à partir des modèles animaux. Parmi les méthodes et les interprétations classiques utilisées dans les études animales pour tester la sécurité des médicaments (hors vaccins), un certain nombre risquent de ne pas s’appliquer au domaine particulier qu’est l’innocuité des adjuvants. Il est cependant impossible de se passer des animaux au début des études d’innocuité. Aucune espèce animale de laboratoire ne peut à elle seule donner la solution; les études d’innocuité classiques à dose croissante ne permettent pas non plus d’examiner correctement les aspects immunologiques de la sécurité des adjuvants (notamment l’induction d’une tolérance, d’une hypersensibilité et de réactions auto immunes). Il n’existe pas de modèle animal validé pour tester la sécurité des adjuvants; un tel modèle serait cependant indispensable à la recherche et au développement des futurs vaccins. L’évaluation et la prévision de la sécurité à court terme et à long terme sont importantes, ainsi que l’évaluation de la pharmacocinétique de l’adjuvant. L’OMS pourrait encourager la recherche, et ultérieurement mettre au point des recommandations plus spécifiques sur la sécurité des adjuvants.

L’étude de la sécurité des nouveaux adjuvants, une fois associés à un vaccin, exige des normes améliorées et cohérentes qui serviront au Comité de contrôle de la sécurité, au signalement des effets indésirables et à leur évaluation après mise sur le marché, et à la surveillance des événements indésirables de nature immunitaire, y compris d’éventuels problèmes de sécurité imprévus. Les études de phase IV devraient être conçues pour envisager la survenue de réactions indésirables qui ne peuvent pas être prévues sur la base des effets biologiques du vaccin et de ses adjuvants et prendre en compte les réactions indésirables rares et inhabituelles qui ne sont pas décelées chez l’animal, ni dans les études cliniques conduites sur un petit nombre de personnes qui précèdent l’autorisation de mise sur le marché. Pour ceci, des définitions spécifiques de cas sont nécessaires. Cette évolution exige une nouvelle approche clinique, scientifique et réglementaire, considérant à la fois la sécurité à court et à long terme des adjuvants.

Il a été proposé que l’OMS centralise les données concernant la sécurité et serve d’instance chargée d’assurer le dialogue et le conseil relatifs aux normes techniques et scientifiques sur les adjuvants et leur innocuité, d’élaborer les normes correspondantes et de définir les principes qui régissent la réglementation applicable àla sécurité des adjuvants. Le GACVS pourrait réunir l’information, qui devrait être évaluée et rendue largement disponible.


1D’autres experts, lesquels ont exposé des données, des informations et des avis, ont participé aux discussions sur la sécurité des adjuvants. Cependant, les conclusions et les recommandations ci-dessous ont été formulées uniquement par les membres du Comité, à huis clos.