Sécurité mondiale des vaccins

Mise à jour sur le vaccin contre la dengue

Extrait du rapport de la réunion du GACVS du 15 au 16 juin 2016, publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire de l'OMS du 15 juillet 2016

Lors de son dernier examen des vaccins contre la dengue, en juin 2015,5 le GACVS a étudié les données issues des essais cliniques de Phase III du vaccin CYD-TDV (vaccin tétravalent contre la dengue appelé Dengvaxia, produit par Sanofi Pasteur), notamment les données sur son innocuité à long terme. La surveillance de l’innocuité à court terme des manifestations indésirables les plus courantes a montré que le vaccin est bien toléré. Le GACVS a toutefois noté que le risque d’hospitalisation et de dengue sévère observé chez les enfants de 2 à 5 ans dans la troisième année suivant la vaccination était une source de préoccupation particulière. Il a également recommandé de surveiller le risque de dengue sévère chez les personnes de tous âges qui sont séronégatives avant la vaccination, ainsi que chez les sujets immunodéprimés ou appartenant à une tranche d’âge plus avancée (>45 ans).

En avril 2016, le SAGE a émis des recommandations identifiant les personnes susceptibles de tirer le plus grand avantage de la vaccination par le CYD-TDV et a formulé des orientations générales sur la surveillance post-homologation.6 Le SAGE a en particulier recommandé que les pays envisagent une introduction du CYD-TDV uniquement dans les zones géographiques (nationales ou infranationales) de forte endémicité, caractérisées par une séroprévalence d’environ ≥70% dans la tranche d’âge ciblée par la vaccination ou par d’autres marqueurs épidémiologiques adaptés. La grossesse reste une contre-indication.

Bien que le CYD-TDV soit désormais homologué dans plusieurs pays, seules les Philippines l’ont introduit à ce jour dans leur programme public de vaccination. Il y est administré dans le cadre d’un programme de vaccination mené en milieu scolaire chez les enfants en 4e année d’école primaire (âgés de 9-10 ans) dans 3 régions fortement endémiques. Le premier enfant a été vacciné aux Philippines en avril 2016 et actuellement, quelque 247 820 enfants ont reçu le vaccin, la cohorte totale ciblée s’élevant à environ 750 000 enfants. Le suivi des MAPI dans cette cohorte est assuré par une surveillance passive renforcée. Toutes les MAPI graves font l’objet d’une enquête rapide et sont examinées par un comité d’experts indépendants. À ce jour, 518 MAPI ont été notifiées, dont 21 MAPI graves et 2 décès. Parmi ces MAPI figuraient 2 réactions anxieuses et 4 cas considérés comme compatibles avec un lien de causalité avec le vaccin, désormais guéris.

Le GACVS a pris bonne note l’engagement du Gouvernement des Philippines, des communautés, des prestataires de soins et des vaccinateurs qui ont participé à la mise en œuvre du programme de vaccination contre la dengue. Étant le premier pays à avoir déployé le CYD-TDV, les Philippines pourront fournir des données cruciales de surveillance post-homologation des MAPI, qui seront d’une grande utilité pour la communauté mondiale et orienteront les décisions d’autres juridictions

Des représentants de Sanofi Pasteur, le fabricant de Dengvaxia, ont également présenté au GACVS un exposé sur le suivi à plus long terme des cas hospitalisés de dengue parmi les participants des essais cliniques de Phase III. Au terme d’un suivi de plus de 4 ans depuis la première dose de vaccin, aucune augmentation systématique du risque relatif d’hospitalisation ou de dengue sévère n’a été constatée chez les sujets vaccinés de 9 à 16 ans. Toutefois, chez les plus jeunes (2 à 8 ans), on observe un risque relatif accru (RR>1, sans atteindre un niveau significatif), qui redescend après la 3e année suivant la première vaccination. Le Dengvaxia n’est pas homologué pour les enfants de <9 ans.

Suite à l’introduction des programmes de vaccination contre la dengue, le GACVS recommande d’assurer une surveillance rigoureuse et persistante, en mettant particulièrement l’accent sur la détermination des antécédents de vaccination et de dengue. Cela suppose que des ressources soient spécifiquement allouées à la tenue des registres de vaccination et à l’identification des cas hospitalisés de dengue, conformément à la définition de cas établie. Il se peut que cela ne soit réalisable que sur les sites sentinelles. Les essais présents ou futurs sur l’efficacité thérapeutique devront être évalués de manière approfondie, avec notamment un examen minutieux de la séropositivité avant la vaccination chez certaines cohortes. Les données issues de ces essais contribueront à une meilleure compréhension des facteurs de risque potentiels et des aspects immunologiques sous-jacents de la dengue, voire de la dengue sévère, après la vaccination.


5 Voir No 34, 2015, p. 421-423.

6 Voir N° 21, 2016, p. 282-284.