Position du Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale à propos des inquiétudes soulevées par un document sur l'innocuité des vaccins contenant du thiomersal
Un article paru dans le Journal of American Physicians and Surgeons1 soutient l'existence d'un lien entre l'exposition au mercure dans les vaccins infantiles contenant du thiomersal et des troubles du développement neurologique ainsi que des cardiopathies.
Sur la base d'un examen préliminaire soigneux, le Comité consultatif mondiale de la sécurité vaccinale estime que cet article ne fournit pas une base scientifique suffisante pour modifier la politique de l'OMS concernant les vaccins contenant du thiomersal. Toutefois, l'OMS et le Comité continueront de revoir attentivement la question en permanence.
Un certain nombre de limitations affaiblissent les conclusions tirées par les auteurs de l'article : inaccessibilité pour le lecteur des données à la base de l'analyse ; absence de définitions claires des cas pour les affections cités dans l'article ; description insuffisante des méthodes statistiques employées ; hypothèse des auteurs selon laquelle l'éthylmercure aurait une toxicité équivalente à celle du méthylmercure, alors que ce n'est pas forcément vrai et contre laquelle diverses autorités se sont élevées ; hypothèse de l'article selon laquelle les populations étudiées sont les mêmes (alors qu'il y a toutes les possibilités d'un biais dans la sélection avec les méthodes employées) ; omission de la prise en compte du changement des modes de notification pour les affections attribuées aux vaccins au cours des années de l'étude. Les résultats de l'étude publiés pour le développement neurologique et les cardiopathies à la suite de l'administration de vaccins contenant du thiomersal ne satisfont pas les critères scientifiques requis pour envisager une relation de cause à effet. L'ensemble de ces points a amené le Comité à conclure que l'article n'apporte pas des preuves suffisantes pour justifier une modification des politiques de santé publique.
INFORMATION GENERALE
C’est en 1999 que certains se sont inquiétés aux Etats-Unis de l’exposition au mercure suite à l’administration de vaccins contenant du thiomersal. Ces craintes se fondaient sur le calcul de l’apport cumulé de mercure dans les schémas de vaccination des nourrissons, qui peut être supérieur au taux maximum recommandé par un organisme gouvernemental des Etats-Unis pour le méthylmercure. Toutefois, le thiomersal ne contient pas du méthylmercure mais de l’éthylmercure.
D’après les avis des experts et les données examinées par le Comité en juin 2002, l’éthylmercure et le méthylmercure ont une pharmacocinétique très différente. La demi-vie de l’éthylmercure est notamment plus courte (moins d’une semaine) que celle du méthylmercure (un mois et demi). Deux études épidémiologiques indépendantes, conduites au Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord, donnent à penser qu'il n'y a pas de lien entre des retards de développement, notamment des troubles du développement neurologique ou des problèmes de comportement, et les vaccins diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC) contenant du thiomersal.
Sur cette base, le Comité a conclu qu'aucun élément n'attestait à l'heure actuelle la toxicité du mercure chez les nourrissons, les enfants ou les adultes exposés au thiomersal présent dans les vaccins. La littérature scientifique, y compris l'article le plus récent 1, ne justifie pas de modifier les pratiques vaccinatoires actuelles avec des vaccins contenant du thiomersal pour des raisons de sécurité2.
- Geier MR, Geier DA. Thimerosal in Childhood Vaccines, Neurodevelopmental Disorders, and Heart Disease in the United States. Journal of American Physicians and Surgeons, 8(1):6-11, 2003.
- Global Advisory Committee on Vaccine Safety, 20-21 June 2002. Weekly Epidemiological Record. 77(47):389-394, 2002.