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Rapport sur la santé dans le monde

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Suicide

  Chapitre 2

Le suicide est un acte délibéré accompli par une personne qui en connaît parfaitement, ou en espère, l'issue fatale. C'est aujourd'hui un problème de santé publique majeur. La moyenne des taux comparatifs de suicide par âge dans les 53 pays pour lesquels on dispose de données complètes était de 15,1 pour 100 000 en 1996. Le taux était de 24,0 pour 100 000 chez les hommes et de 6,8 pour 100 000 chez les femmes. Le taux de suicide est presque partout plus élevé chez les hommes que chez les femmes, dans une proportion globale de 3,5 pour 1. Dans les 39 pays qui ont des données complètes pour la trentaine d'années que couvre la période 1970-1996, les taux de suicide semblent relativement stables, mais les chiffres globaux masquent d'importantes différences selon le sexe, l'âge, la géographie, et concernant les tendances à long terme.

Les écarts sont aussi très marqués sur le plan géographique. Les tendances observées dans les plus grands pays du monde (ceux dont la population excède 100 millions) devraient donner des indications fiables sur la mortalité par suicide. Les chiffres de ces 15 dernières années sont connus pour sept des onze pays les plus peuplés. La mortalité par suicide a augmenté de près de 62 % au Mexique et baissé de 17 % en Chine, tandis qu'aux Etats-Unis d'Amérique et en Fédération de Russie, le chiffre est le même (5,3 %) mais l'évolution inverse, comme le montre la Figure 2.4. Deux remarques s'imposent : d'une part, seule la taille de la population semble rapprocher ces pays que presque tout distingue par ailleurs ; d'autre part, l'importance de la variation dans le temps n'est pas révélatrice de l'importance réelle des taux de suicide dans ces pays qui, d'après les chiffres les plus récents qu'on ait, s'échelonnent entre 3,4 pour 100 000 au Mexique, 14,0 pour 100 000 en Chine et 34,0 pour 100 000 en Fédération de Russie.

Figure 2.4 Evolution des taux comparatifs de suicide par âge au cours de périodes données

Il est très difficile, voire impossible de trouver une explication commune à ces écarts. Les changements socio-économiques (de quelque nature qu'ils soient) sont souvent considérés comme favorables à une hausse des taux de suicide. Même si ce lien a été observé à plusieurs reprises, des hausses ont aussi été enregistrées en période de stabilité socioéconomique et, à l'inverse, des taux stables en plein bouleversement socio-économique. Il se peut néanmoins que les chiffres globaux masquent d'importants écarts entre certaines parties de la population. Ainsi, une évolution nulle des taux de suicide peut dissimuler une hausse chez les hommes statistiquement compensée par une baisse chez les femmes (comme on le voit en Australie, au Chili, à Cuba, en Espagne et au Japon) ; il en va parfois de même pour les classes d'âge situées aux deux extrémités du spectre, à savoir les adolescents et les personnes âgées (c'est le cas en Nouvelle-Zélande). On a constaté qu'une montée du chômage s'accompagne, mais pas toujours, d'une baisse du taux de suicide dans la population générale (en Finlande, par exemple) et d'une hausse chez les personnes âgées et les retraités (en Suisse, par exemple).

La consommation d'alcool (notamment en Fédération de Russie et dans les Etats baltes) ainsi que le libre accès à certaines substances toxiques (en Chine, en Inde et à Sri Lanka, par exemple) et aux armes à feu (à El Salvador et aux Etats-Unis d'Amérique, entre autres) semblent, d'après les études réalisées jusqu'à présent, associés de façon certaine aux taux de suicide dans tous les pays, industrialisés ou en développement. Encore une fois, les chiffres d'ensemble peuvent masquer d'importants écarts, par exemple entre zones rurales et zones urbaines (c'est le cas en Chine et en République islamique d'Iran).

Le suicide est une cause majeure de mortalité chez les jeunes adultes : il figure parmi les trois premières causes de décès dans la tranche d'âge 15-34 ans et, comme le montrent les deux exemples de la Figure 2.5, il est fréquent chez les 15-34 ans (première ou deuxième cause de décès pour les deux sexes). La société perd ainsi une foule de jeunes à l'âge où ils lui sont le plus utiles. D'après des données relatives à quelques pays seulement, il y aurait jusqu'à 20 fois plus de tentatives de suicide que de suicides effectifs.

Figure 2.5 Le suicide parmi les premières causes de décès chez les 15-34 ans dans certains pays

Les lésions auto-infligées, suicide compris, ont causé quelque 814 000 décès en 2000. D'après l'étude sur la CMM en 2000, elles représentaient 1,3 % du total des AVCI.

Le trouble mental qui conduit le plus souvent au suicide est la dépression, mais les taux sont élevés aussi pour la schizophrénie. En outre, le suicide est souvent lié à l'utilisation de substances par l'intéressé ou par un membre de sa famille. Dans certains pays d'Europe centrale et orientale, il a été établi récemment que la majeure partie des suicides avaient un lien avec l'alcool (Rossow, 2000).

Il est notoire que, dans n'importe quelle région, l'accès à des moyens de se suicider a un effet déterminant sur le taux de suicide. L'étude de ce phénomène a surtout porté sur les armes à feu ; on a constaté une forte mortalité par suicide chez les personnes qui avaient acheté une arme peu de temps auparavant (Wintemute et al., 1999). De toutes les personnes décédées de blessure par arme à feu aux Etats-Unis d'Amérique en 1997, 54 % s'étaient donné la mort (Rosenberg et al., 1999).

Il faut toujours tenir compte du contexte local pour expliquer précisément les variations des taux de suicide. Une surveillance épidémiologique et des travaux de recherche localement adaptés s'imposent d'urgence pour mieux comprendre ce grave problème de santé publique et améliorer les moyens de prévention.

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