Rapport sur la santé dans le monde

Message du Directeur général

La maladie mentale n'est pas un échec personnel. Elle n'est pas non plus une chose qui n'arrive qu'aux autres. Il n'y a pas si longtemps encore, nous ne pouvions pas parler ouvertement du cancer. C'était un secret de famille. Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous ne veulent toujours pas parler du SIDA. Mais les barrières tombent une à une.

Le slogan de la Journée mondiale de la Santé était « Non à l'exclusion ­ Oui aux soins ». Rien ne justifie en effet que l'on mette au ban de la société ceux qui souffrent d'un trouble mental ou cérébral : tout le monde y a sa place. Pourtant, nombre d'entre nous continuent à se détourner d'eux ou à feindre de les ignorer. Il semble que nous n'osons même pas chercher à comprendre, pour leur venir en aide. Le Rapport a pour sous-titre « Nouvelle conception, nouveaux espoirs ». Il montre comment la science, guidée par la sensibilité humaine, s'emploie à abattre les barrières réelles ou imaginaires qui font obstacle aux soins et aux traitements. La nouvelle conception qui se fait jour est porteuse d'espoir pour les malades mentaux. On commence en effet à comprendre comment des facteurs géné-tiques, biologiques, sociaux et environnementaux se conjuguent pour provoquer les maladies mentales et cérébrales, à quel point la santé mentale et la santé physique sont indissociables et leurs effets réciproques complexes et profonds. Et ce n'est là qu'un début, car parler de la santé sans mentionner la santé mentale revient à accorder un instrument en oubliant quelques notes.

La position de l'OMS est simple : la santé mentale, trop longtemps négligée, est capitale pour le bien-être des individus, des sociétés et des pays, et doit être considérée sous un jour nouveau.

L'Assemblée générale des Nations Unies célèbre cette année le dixième anniversaire de la déclaration des droits des malades mentaux à une protection et à des soins. Je pense que le Rapport sur la santé dans le monde, 2001 nous remet en mémoire les principes énoncés par les Nations Unies il y a dix ans. Selon l'un d'eux, aucune discrimination ne doit s'exercer sous le prétexte d'une maladie mentale. Un deuxième stipule que, dans la mesure du possible, chaque malade est en droit d'être soigné dans sa propre communauté, et un troisième souligne le droit de tout patient à être placé dans un environnement aussi peu restrictif que possible et à y recevoir le traitement le moins astreignant ou envahissant qui puisse lui être administré.

Tout au long de l'année, nos Etats Membres se sont associés à notre combat en s'intéressant plus particulièrement à certains aspects ­ médicaux, sociaux ou politiques ­ de la santé mentale. Cette année aussi, l'OMS appuie la préparation et le lancement de campagnes de prise en charge de la dépression et de prévention du suicide, ainsi que de lutte contre la schizophrénie et l'épilepsie. L'Assemblée mondiale de la Santé de 2001 a examiné la santé mentale dans toutes ses dimensions. Pour nous qui travaillons à l'Organisation mondiale de la Santé et pour la grande communauté des professionnels de la santé, ce surcroît d'attention est à la fois une chance et un défi.

Il reste encore beaucoup à faire. Nous ne savons même pas combien de personnes ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin, alors que ces soins sont disponibles et peuvent être obtenus sans dépenses excessives. Les estimations initiales donnent à penser que 450 millions de personnes actuellement en vie ont un trouble mental ou neurologique ou des problèmes psychosociaux tels que ceux que provoque l'abus d'alcool et de drogues. Nombre d'entre elles souffrent en silence et beaucoup souffrent seules. Au-delà des souffrances et de l'absence de soins, ce sont la stigmatisation, la honte, l'exclusion et, plus souvent que nous ne voulons l'admettre, la mort qui les menacent.

La dépression majeure est aujourd'hui la première cause d'incapacité dans le monde et figure au quatrième rang des principales causes de morbidité. A en croire les projections, elle aura dans une vingtaine d'années le triste privilège d'accéder à la seconde place. On compte dans le monde 70 millions d'alcoolodépendants, 50 millions environ d'épileptiques et 24 millions de schizophrènes. Un million de personnes se suicident chaque année et 10 à 20 millions font une tentative de suicide.

Rares sont les familles qui ne sont pas touchées par des troubles mentaux.

Une personne sur quatre sera atteinte d'un trouble mental à un moment de son existence. Le risque de contracter certaines affections, comme la maladie d'Alzheimer, augmente avec l'âge. Compte tenu du ráeillissement de la population mondiale, la situation ne peut qu'empirer. L'impact social et économique des maladies mentales est énorme.

Nous savons aujourd'hui que la plupart des maladies mentales et physiques sont influencées par un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Notre compréhension de la corrélation entre santé mentale et santé physique fait de rapides progrès. Nous savons que les troubles mentaux résultent de nombreux facteurs et ont une origine physique dans le cerveau. Nous savons aussi qu'ils n'épargnent personne, nulle part. Et nous savons enfin qu'ils peuvent le plus souvent être soignés efficacement.

Le présent rapport traite des dépressions, de la schizophrénie, du retard mental, des troubles de l'enfance et de l'adolescence, de la dépendance à l'égard des drogues et de l'alcool, de la maladie d'Alzheimer et de l'épilepsie. Toutes ces affections sont répandues et provoquent en général de graves incapacités. L'épilepsie n'est pas un problème de santé mentale, mais nous l'avons incluse dans cette liste parce qu'elle suscite les mêmes réactions de rejet, d'ignorance et de crainte que les maladies mentales.

Notre rapport passe en revue l'ensemble des connaissances sur l'incidence actuelle et future de tous ces troubles et sur leurs principaux facteurs. Il examine l'efficacité de la prévention et les traitements disponibles ainsi que les obstacles à ces traitements, en insistant sur la prestation et la planification des services. Enfin, il décrit les politiques nécessaires pour mettre fin aux préjugés et à la discrimination, et installer des services de prévention et de traitement efficaces et convenablement financés.

Tout au long de ce document, nous nous efforçons de montrer de diverses manières que nous avons les moyens et les connaissances scientifiques requis pour aider les gens qui souffrent de troubles mentaux et cérébraux. Malheureusement, tant les gouvernements que la communauté de la santé publique ont fait preuve de négligence. Par accident ou par dessein, nous sommes tous responsables de cette situation. En tant que principale organisation de santé publique dans le monde, l'OMS n'a pas le choix : il lui appartient de veiller à ce que notre génération soit la dernière à laisser la honte et la stigmatisation prendre le pas sur la science et la raison.

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