Rapport sur la santé dans le monde

Une personne sur quatre souffre de troubles mentaux

Il existe des traitements mais ils ne sont pas utilisés

Genève, le 4 octobre — Les troubles mentaux ou neurologiques affecteront une personne sur quatre dans le monde à un moment ou l’autre de leur vie. Environ 450 millions souffrent actuellement de ces pathologies, ce qui place les troubles mentaux dans les causes principales de morbidité et d’incapacité à l’échelle mondiale.

Il existe des traitements, mais près des deux tiers des personnes que l’on sait souffrir d’une pathologie mentale, ne vont jamais se faire soigner auprès d’un professionnel de la santé. Le rejet social, la discrimination et les négligences empêchent ces malades de bénéficier des traitements, affirme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Or, la négligence entraîne une incompréhension partielle ou totale qui, à son tour, est source de négligence.

Dans son nouveau rapport intitulé « Nouvelle conception, nouveaux espoirs », l’organisme des Nations Unies chargé de la santé tente de briser ce cercle vicieux et exhorte les gouvernements à chercher, en matière de santé mentale, des solutions abordables à leur disposition. Selon l’OMS, ils doivent éviter d’avoir recours aux grands établissements spécialisés, se tourner vers les soins communautaires et intégrer la santé mentale dans les soins de santé primaires et le système général de santé.

« La maladie mentale et les troubles cérébraux ne sont pas un échec personnel. En fait, l’échec, s’il y en a un, se trouve dans notre manière de répondre aux personnes qui en sont atteintes, a déclaré le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l’OMS, à la publication du Rapport sur la santé dans le monde. J’espère que ce document permettra de mettre fin aux doutes et aux dogmes qui règnent depuis longtemps et marquera le commencement d’une nouvelle ère de la santé publique dans le domaine de la santé mentale. »

L’absence d’urgence, la désinformation et la concurrence entre les besoins de développement empêchent les responsables politiques de faire le bilan d’une situation dans laquelle les pathologies mentales fi gurent parmi les principales causes de morbidité et d’incapacité dans le monde, rappelle l’OMS. Les troubles dépressifs se placent déjà en quatrième position dans la charge mondiale de morbidité et devraient atteindre le deuxième rang d’ici 2020, juste après les cardiopathies ischémiques et avant toutes les autres maladies.

Le rapport invite les gouvernements à prendre des décisions et à faire des choix stratégiques pour apporter un changement positif dans l’acceptation et le traitement des troubles mentaux. Il rappelle qu’il est possible de prévenir certains d’entre eux, que, pour la plupart, ils peuvent être traités avec succès et que la prévention, les guérisons et les traitements sont pour une grande part abordables.

Avec un traitement adéquat, les personnes souffrant de troubles mentaux peuvent vivre des vies productives et jouer un rôle essentiel dans leur communauté, bien que certaines de ces pathologies soient chroniques ou de longue durée. Les rechutes peuvent disparaître pour plus de 80 % des schizophrènes après un an de traitement par des neuroleptiques associés à une intervention familiale. Il est possible de guérir jusqu’à 60 % des cas de dépression en associant judicieusement les antidépresseurs et la psychothérapie. Près de 70 % des épileptiques n’ont plus de crises une fois qu’ils sont traités avec des anticonvulsivants simples et peu onéreux.

L’OMS affirme que la responsabilité de l’action revient aux gouvernements. Actuellement, plus de 40 % des pays n’ont pas de politique de santé mentale, plus de 30 % n’ont pas de programmes spécifi ques et près de 25 % n’ont pas de législation dans ce domaine.

L’ampleur et l’efficacité de la réponse aux besoins sont sans commune mesure avec le poids de la santé mentale. Actuellement, 33 % des pays lui affectent moins de 1 % de leur budget total de la santé et 33 % n’y consacrent que 1 %. Un nombre limité de médicaments suffi sent à traiter la majorité des troubles mentaux. Pourtant, environ 25 % des pays ne disposent pas des trois médicaments les plus couramment prescrits pour traiter la schizophrénie, la dépression et l’épilepsie au niveau des soins de santé primaires. Dans la moitié des pays du monde, on ne compte qu’un psychiatre pour 100 000 habitants et 40 % des pays ont moins d’un lit d’hôpital réservé aux troubles mentaux pour 10 000 habitants.¨

Ce sont souvent les pauvres qui supportent la plus lourde charge de morbidité en santé mentale, que ce soit au niveau du risque d’être atteint d’une pathologie mentale ou à celui de l’accès au traitement. L’exposition constante à des événements extrêmement stressants, à des conditions de vie dangereuses, à l’exploitation et à la maladie en général contribue à les rendre plus vulnérables. L’impossibilité d’accéder à un traitement abordable entraîne une évolution de la maladie plus grave et plus débilitante, enclenchant ainsi le cercle vicieux de la pauvreté et des troubles mentaux dont il est rare de sortir.

Le rapport évoque l’impact considérable que peuvent avoir les nouvelles connaissances sur la manière dont les individus, les sociétés et la communauté de la santé publique s’occupent des troubles mentaux. Nous savons désormais que les grands établissements spécialisés ne constituent plus la meilleure option pour les patients et leur famille. Ces institutions aboutissent à une perte des capacités sociales, à des restrictions excessives, à des violations des droits de l’homme, à la dépendance et à la diminution des possibilités de réadaptation. Les pays devraient s’engager à établir des alternatives de soins communautaires en les planifi ant et en veillant à ce qu’elles soient déjà en place dès que les grands établissements sont progressivement abandonnés.

« La science, l’éthique et l’expérience montrent clairement le chemin à suivre. En possession de ces connaissances, l’absence d’action témoignera d’un engagement insuffi sant pour s’occuper des problèmes de santé mentale », a déclaré le Dr Benedetto Saraceno, Directeur à l’OMS du département Santé mentale et toxicomanies.

Les orientations politiques n’ont jamais aussi été claires, affirme l’OMS. Les gouvernements qui commencent à s’occuper de la santé mentale devront fi xer des priorités. Il faudra choisir entre un grand nombre de services et dans une vaste gamme de stratégies de prévention et de promotion. Le message de l’OMS, c’est que chaque pays, quelles que soient ses ressources, peut faire quelque chose pour améliorer la santé mentale de sa population. Il a simplement besoin de courage et de s’engager à prendre les mesures nécessaires.

Le rapport fait partie d’une campagne d’un an sur la santé mentale. Pour la première fois, de nombreuses manifestations à l’OMS, comme la parution de ce document, les discussions techniques à l’Assemblée mondiale de la Santé et la Journée mondiale de la Santé, ont toutes eu le même thème, en l’occurrence la santé mentale.

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