Résumé
Introduction
Cette très importante publication de l'Organisation mondiale de la Santé a pour objec- tif d'informer le grand public et les professionnels de la morbidité réelle due aux troubles mentaux, ainsi que de leur coût humain, social et économique. Par la même occasion, elle vise à renverser un grand nombre d'obstacles, notamment la stigmatisation, la discrimination et l'insuffisance des services, qui empêchent des millions de personnes dans le monde de recevoir le traitement dont elles ont besoin et qu'elles méritent.
A de nombreux égards, le Rapport sur la santé dans le monde, 2001 propose une nouvelle conception des troubles mentaux qui est de nature à donner, dans tous les pays et toutes les sociétés, un regain d'espoir aux malades mentaux et à leurs familles. Il passe en revue de manière exhaustive ce que l'on sait de l'impact actuel et futur de ces troubles et des principaux facteurs qui y contribuent. Il examine la prévention et l'existence de traitements, ainsi que les obstacles à l'utilisation de ces derniers. Il traite en détail de la prestation des services et de la planification. Enfin, il conclut par une série de recommandations que chaque pays peut adapter à ses besoins et à ses ressources.
Les dix recommandations concernant les mesures à prendre sont les suivantes :
1. Traiter les troubles au niveau des soins primaires
La prise en charge et le traitement des troubles mentaux au niveau des soins primaires est une mesure fondamentale qui permettra au plus grand nombre d'accéder plus facilement et plus rapidement aux services. De fait, beaucoup de malades s'adressent déjà à ce niveau. Non seulement y sont-ils mieux soignés, mais ils évitent ainsi les examens superflus ainsi que les traitements inadaptés ou non spécifiques. Pour un tel résultat, il faut enseigner au personnel de santé générale les bases essentielles de la santé mentale. Cette formation garantit un usage optimum du savoir actuel au profit du plus grand nombre et permet d'intervenir sans délai. La santé mentale doit donc figurer au programme de la formation initiale et des cours de remise à niveau du personnel afin que les troubles mentaux soient mieux pris en charge par les services de santé générale.
2. Assurer la disponibilité des psychotropes
Les psychotropes essentiels doivent être disponibles en permanence à tous les niveaux de soins. Ils doivent figurer sur la liste de médicaments essentiels de tous les pays et les meilleurs médicaments indiqués pour une affection donnée doivent être fournis chaque fois que possible. Certains pays devront modifier la loi en conséquence. Ces médicaments permettent d'atténuer les symptômes, de réduire les incapacités, d'écourter la durée de nombreux troubles et de prévenir les rechutes. Ils constituent souvent le traitement de première intention, surtout en l'absence d'interventions psychosociales et de personnel hautement qualifié.
3. Soigner au sein de la communauté
Les soins communautaires influent plus favorablement que le traitement en institution sur l'issue des troubles mentaux chroniques et sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Ils sont aussi plus économiques et plus respectueux des droits de l'homme. Les services de santé mentale doivent donc être assurés dans la communauté à l'aide de toutes les ressources disponibles. Les services à assise communautaire sont propices à une intervention précoce et limitent la stigmatisation associée au traitement. Les grands hôpitaux psychiatriques de type carcéral doivent être remplacés par des structures de soins communautaires qui, renforcées par la mise en place de lits psychiatriques dans les hôpitaux généraux et d'une aide à domicile, pourvoient à tous les besoins des malades autrefois soignés à l'hôpital. De telles structures nécessitent des agents de santé et des services de réadaptation au niveau local ainsi que des dispositifs d'aide d'urgence, d'hébergement et d'emploi protégé.
4. Eduquer le grand public
Tous les pays devraient mener des campagnes d'éducation et de sensibilisation du grand public portant sur la santé mentale. Le but essentiel est de réduire les obstacles au traitement et aux soins en informant l'opinion de la fréquence des troubles mentaux, des possibilités de traitement, des chances de guérison et des droits des malades. Il faut aussi faire largement connaître les différentes options thérapeutiques et leurs avantages afin que la population, les professionnels, les médias, les décideurs et les politiciens agissent en parfaite connaissance de cause. Un certain nombre de pays et d'organisations nationales et internationales ont déjà fait de cette mesure une priorité. Bien planifiées, les campagnes de sensibilisation et d'éducation peuvent faire reculer la stigmatisation et la discrimination, inciter les malades à utiliser les services de santé mentale et réduire l'écart entre santé mentale et santé physique.
5. Associer les communautés, les familles et les consommateurs
Les communautés, les familles et les consommateurs doivent prendre part à l'élaboration des politiques, des programmes et des services afin que ceux-ci soient mieux adaptés à leurs besoins et mieux utilisés. En outre, les interventions doivent tenir compte de l'âge, du sexe, de la culture et de la condition sociale des personnes visées afin de répondre à leurs besoins et à ceux de leurs familles.
6. Adopter des politiques, des programmes et une législation au niveau national
Une action efficace et prolongée en santé mentale passe par l'adoption d'une politique, de programmes et d'une législation. Ceux-ci doivent reposer sur les connaissances actuelles et sur le respect des droits de l'homme. La plupart des pays doivent augmenter le budget actuellement trop modeste qu'ils consacrent aux programmes de santé mentale. Certains ont récemment adopté une politique et une législation, ou les ont modifiées, et progressé dans la mise en œuvre de leurs programmes de soins. La réforme de la santé mentale doit s'inscrire dans la réforme du système de santé en général. Afin de faciliter l'accès au traitement et de réduire la charge financière des soins, les régimes d'assurance-maladie ne doivent pas défavoriser les personnes atteintes de troubles mentaux.
7. Développer les ressources humaines
La plupart des pays en développement doivent intensifier et améliorer la formation des professionnels de santé mentale qui dispenseront des soins spécialisés tout en soutenant les programmes de soins de santé primaires. Ces spécialistes sont actuellement trop peu nombreux pour satisfaire les besoins des services de santé mentale. Une fois formés, ils devraient être encouragés à rester dans leur pays à des postes où ils puissent exploiter au maximum leurs compétences. Le développement des ressources humaines est particulièrement important dans les pays qui n'ont encore que peu de ressources. Les soins primaires offrent le cadre le mieux adapté aux soins initiaux, mais, pour assurer une gamme plus complète de services, il faut des spécialistes. Dans l'idéal, les équipes spécialisées devraient se composer de professionnels formés dans des disciplines médicales et autres que médicales tels que psychiatres, psychologues cliniciens, infirmiers(ères) psychiatriques, travailleurs sociaux compétents en psychiatrie et ergothérapeutes pouvant collaborer efficacement à une prise en charge complète des patients et à leur intégration dans la communauté.
8. Etablir des liens avec d'autres secteurs
Il faut faire en sorte que des secteurs autres que la santé, notamment ceux de l'éducation, du travail, de la protection sociale et de la justice, ainsi que les organisations non gouvernementales contribuent à améliorer la santé mentale des communautés. Les organisations non gouvernementales devraient jouer beaucoup plus précocement un rôle mieux défini et être encouragées à soutenir davantage les initiatives locales.
9. Surveiller la santé mentale des communautés
Il convient de surveiller la santé mentale des communautés en faisant figurer dans les systèmes d'information et de notification sanitaires des indicateurs qui renseignent à la fois sur le nombre de personnes atteintes de troubles mentaux et sur la qualité des soins qu'elles reçoivent, tout en donnant des informations plus générales sur la santé mentale des communautés. Une telle surveillance aide à dégager les tendances et à repérer les changements de l'état de santé mentale dus à des événements extérieurs comme une catastrophe naturelle. Elle sert à évaluer l'efficacité des programmes de prévention et de traitement et fournit des arguments pour obtenir des ressources supplémentaires. De nouveaux indicateurs sur la santé mentale des communautés sont nécessaires.
10. Soutenir la recherche
De nouvelles recherches devront être entreprises sur les aspects biologiques et psychosociaux de la santé mentale si l'on veut mieux appréhender les troubles mentaux et mettre au point des interventions plus efficaces. Ces travaux devraient être effectués dans un vaste contexte international afin de comprendre les variations entre communautés et de se faire une idée plus précise des facteurs qui influent sur l'apparition, l'évolution et l'issue des troubles mentaux. Il est urgent de renforcer le potentiel de recherche des pays en développement.