Message du Directeur général
De graves menaces pèsent sur le bien-être de l’humanité. Dans de nombreuses régions, certains des pires ennemis de la santé se liguent avec les alliés de la pauvreté pour imposer à des millions de gens une double charge de maladies, d’incapacités et de décès prématurés. Il est temps pour nous de resserrer les rangs pour faire face à ces menaces croissantes.
Le sujet du rapport de cette année, Réduction des risques pour la santé, préoccupe les gens, leurs médecins et leurs responsables politiques depuis des temps immémoriaux. On en trouve des témoignages qui remontent à plus de 5000 ans dans les vestiges des plus anciennes civilisations, mais la question est aujourd’hui plus d’actualité que jamais.
Presque toutes les grandes avancées de la santé publique ont consisté à réduire ou éliminer un risque. Les progrès de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement au XIXe et au XXe siècle sont directement liés à la lutte contre les micro-organismes qui provoquent le choléra et autres maladies diarrhéiques.
Les programmes de vaccination systématique ont permis d’éradiquer entièrement le fléau que constituait la variole et réduit la menace que font peser sur des individus et des populations entières des maladies infectieuses telles que la poliomyélite, la fièvre jaune, la rougeole et la diphtérie en les protégeant contre les agents pathogènes. Des dizaines de millions de décès prématurés ont pu être ainsi évités.
La législation réduit les risques au lieu de travail et sur les routes en imposant le port du casque dans les usines et sur les chantiers, ainsi que l’usage de la ceinture de sécurité dans les véhicules. Il arrive que les lois, l’éducation et la persuasion s’associent pour limiter les risques en faisant apposer des mises en garde sur les paquets de cigarettes, en interdisant la publicité du tabac ou en limitant la vente d’alcool.
Il en résulte qu’à bien des égards, le monde est aujourd’hui plus sûr qu’il ne l’a jamais été. Plus sûr parce que mieux protégé contre des maladies autrefois mortelles ou incurables, contre les risques quotidiens de maladies transmises par l’eau ou liées à l’alimentation, contre les biens de consommation dangereux et contre les accidents domestiques, professionnels ou hospitaliers.
Toutefois, le monde devient aussi plus dangereux pour de nombreuses raisons. Beaucoup d’entre nous vivent dangereusement, consciemment ou non. Je crois que ce rapport sur la santé dans le monde doit être un appel à la communauté mondiale pour qu’elle sorte de sa léthargie. Dans le cadre d’un des plus vastes projets jamais entrepris par l’OMS, on a cherché à quantifier quelques-uns des principaux risques pour la santé et à évaluer le rapport coût/efficacité de certaines des mesures qui pourraient être prises pour les réduire. Le but ultime est d’aider les autorités de tous les pays à abaisser ces risques et à allonger l’espérance de vie en bonne santé de leur population.
Le tableau qui se dégage de nos recherches donne une idée singulière et inquiétante des causes actuelles de maladies et de décès et des facteurs sous-jacents. Il montre l’évolution des modes de vie de nombreuses sociétés dans le monde et l’impact de ces changements sur la santé des individus, des familles, des communautés et de populations entières. Ce sont là des problèmes qui nous concernent tous. Ils ont fait l’objet de discussions approfondies auxquelles ont participé les ministres de la santé de presque tous les Etats Membres de l’OMS à Genève en mai de cette année. Ces discussions ont aidé à façonner le présent rapport et sont résumées dans le synopsis. Elles ont débouché sur de précieuses évaluations des facteurs de risque pour la santé considérés comme les plus importants par les pays dans le monde d’aujourd’hui.
Tous ces facteurs et quelques autres sont soumis à un examen systématique dans le présent rapport. On trouve parmi eux quelques ennemis de la santé et alliés de la pauvreté bien connus tels que l’insuffisance pondérale, l’usage d’eau non potable, le défaut d’assainissement et d’hygiène, les pratiques sexuelles dangereuses, notamment eu égard au risque de VIH/SIDA, la carence en fer et la pollution de l’air à l’intérieur des habitations qu’entraîne l’usage de combustibles solides.
La liste comprend aussi des facteurs de risque plus communément associés aux sociétés de consommation comme l’hypertension et l’hypercholestérolémie, l’usage du tabac et la consommation excessive d’alcool, l’obésité et la sédentarité. Ces facteurs et les maladies qui y sont liées prédominent dans les pays à revenu moyen ou supérieur. Le drame est qu’ils commencent à se répandre dans le monde en développement où ils créent une double charge en s’ajoutant aux maladies infectieuses qui y sévissent encore.
Dans mon allocution à l’Assemblée mondiale de la Santé en mai dernier, j’ai lancé un avertissement en disant que le monde vit dangereusement, soit parce qu’il ne peut guère faire autrement, soit parce qu’il fait les mauvais choix en matière de consommation et d’activités.
Je renouvelle ici cet avertissement : les choix dont pâtit la santé ne se limitent pas aux pays industrialisés. C’est à nous tous de veiller à ce qu’ils aillent dans le bon sens.
Nombre de facteurs de risque examinés dans le rapport sont en rapport avec la consommation – insuffisante dans le cas des pauvres ou excessive pour les nantis.
Deux des informations les plus marquantes figurent pratiquement côte à côte. Nous apprenons d’abord que, dans les pays pauvres, 170 millions d’enfants environ ont un poids corporel insuffisant et plus de trois millions d’entre eux pourraient mourir cette année du fait de cette insuffisance pondérale, puis on nous indique que plus d’un milliard d’adultes dans le monde ont un excès de poids et qu’au moins 300 millions sont cliniquement obèses. Environ 500 000 d’entre eux, dans une zone regroupant l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale, vont succomber cette année à des maladies en rapport avec l’obésité.
Le contraste entre les nantis et les déshérités a-t-il jamais été illustré de façon aussi frappante ?
L’OMS est décidée à lutter contre certaines carences nutritionnelles dans les populations vulnérables et à favoriser une bonne santé en faisant adopter un régime alimentaire optimal, notamment dans les pays qui subissent une transition nutritionnelle rapide.
Par ailleurs, nous mettons au point de nouvelles règles pour une alimentation saine et, lorsque cette tâche sera achevée, nous inviterons les acteurs clés de l’industrie alimentaire à collaborer avec nous pour lutter contre l’incidence croissante de l’obésité, du diabète et des maladies vasculaires dans les pays en développement.
Il est essentiel d’agir. L’épidémie de maladies non transmissibles, qui s’étend rapidement et qui est déjà responsable de quelque 60 % des décès dans le monde, est manifestement liée à des habitudes alimentaires universelles et à la consommation accrue d’aliments
industriels gras, salés ou sucrés. Dans les taudis des mégapoles d’aujourd’hui, des maladies non transmissibles dues à des habitudes et à une nourriture malsaines coexistent avec la sous-alimentation.
Comme je l’ai dit au Sommet mondial de l’alimentation à Rome en juin de cette année, le développement économique et la mondialisation ne sont pas inévitablement associés à des conséquences sanitaires négatives. Bien au contraire, nous pouvons mobiliser les forces de la mondialisation pour réduire les inégalités, combattre la faim et améliorer la santé dans une société planétaire plus juste et mieux intégrée.
Quels que soient les risques sanitaires auxquels il est exposé, et que ceux-ci soient ou non liés à la consommation, chaque pays doit pouvoir adapter les politiques de réduction des risques à ses propres besoins.
Les meilleures politiques sanitaires sont fondées sur des données scientifiques. L’Organisation mondiale de la Santé est tenue de recueillir des données exactes et de veiller à ce qu’elles soient correctement utilisées pour améliorer la santé dans le monde.
Le présent rapport contient de telles données. Il montre la voie à suivre et veut aider chaque pays à choisir les mesures les plus appropriées et les plus rentables qu’il puisse prendre pour réduire au moins certains risques et promouvoir une vie saine dans sa propre population. J’exhorte chacun de ces pays à examiner très sérieusement les actions qui s’imposent dès à présent et à s’engager à les entreprendre.
Il explique aussi l’importance d’une communication des risques franche et claire à l’intention du grand public et l’utilité de créer un climat de confiance et de partage des responsabilités entre le gouvernement, le grand public et les médias.
Cette dernière condition est essentielle. Nous savons que la plupart des gens choisiront d’adopter des comportements plus sains, surtout s’ils reçoivent des informations fiables d’autorités en qui ils ont confiance et si l’action de ces autorités s’appuie sur des lois réalistes, de bons programmes de promotion sanitaire et un vigoureux débat public.
Réduire les risques pour la santé relève de la compétence de l’Etat, mais doit aussi demeurer partout la préoccupation essentielle de tous les individus et de tous ceux qui en ont la charge. Chacun trouvera un message dans ce rapport sur la santé dans le monde.