Rapport sur la santé dans le monde

Chapitre 2


Au-delà de 2005

L’initiative « 3 millions d’ici 2005 » fixe une cible limitée dans le temps, ce qui est utile pour stimuler l’exécution et mesurer les résultats. Toutefois, elle ne prendra pas fin en 2005, ne serait-ce que parce que les patients devront être soignés pendant le reste de leur existence. Qui plus est, au-delà de la cible immédiate, l’objectif de l’accès universel reste à atteindre. La cible ne porte que sur la moitié des lacunes du traitement du VIH/SIDA dans le monde, et 3 autres millions de personnes auront encore un besoin urgent de traitement antirétroviral. Mais il faudra au bout du compte faire en sorte que la presque totalité des 40 millions de personnes actuellement infectées par le VIH dans le monde ait accès à ce traitement. Les résultats obtenus en matière d’élargissement de l’accès en 2005 devront être rapidement étendus aux personnes encore non desservies.

La cible immédiate et l’objectif plus large d’une couverture universelle constituent pour les communautés, les pays et les institutions mondiales concernées par la santé un défi qui doit être relevé. La question n’est plus de savoir s’il faut étendre le traitement, mais quand on doit le faire. L’utilisation de médicaments antirétroviraux dans les pays en développement va se développer rapidement dans les années qui viennent. Nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA, même très pauvres, trouveront le moyen d’obtenir des médicaments porteurs d’un espoir de survie. Cette évolution se fera-t-elle efficacement dans le cadre de programmes rationnels capables d’imposer des normes de qualité élevées pour les médicaments, les soins et le soutien des malades ainsi que pour le contrôle de l’observance et le suivi, en respectant le principe de l’équité et en garantissant un accès raisonnable ? Ou bien cette augmentation inévitable de l’usage des antirétroviraux dans des milieux dépourvus de ressources va-t-elle s’opérer de façon fragmentaire et anarchique, l’accès étant alors largement déterminé par la géographie, la situation sociale et la capacité de paiement, avec un soutien limité de l’observance du traitement et un contrôle superficiel de la qualité des médicaments et de la pharmacorésistance ?

En l’absence d’un engagement sincère en faveur d’un élargissement de l’accès au traitement, ce dernier scénario est le plus probable et entraînera inévitablement l’exclusion d’un grand nombre de patients nécessitant un traitement, des échecs thérapeutiques pour de nombreux patients recevant une certaine forme de traitement et une rapide propagation de la résistance aux médicaments. Un engagement collectif de la communauté sanitaire mondiale peut en revanche garantir un développement rapide et équitable de l’accès au traitement antirétroviral qui en optimisera les avantages tout en limitant ses risques pour la santé publique.

Un tel engagement collectif renforcera aussi des partenariats qui revêtent une importance vitale pour l’avenir de la santé publique dans le monde. Les précédentes campagnes mondiales couronnées de succès – éradication de la variole, combat mondial contre la tuberculose, mobilisation massive contre la poliomyélite et riposte à l’épidémie de SRAS – comportent d’importantes leçons dont on peut s’inspirer pour l’extension du traitement. Elles ont toutes surmonté de redoutables obstacles et la plupart se sont heurtées à des difficultés imprévues. Pourtant, aucune n’a eu à faire face à des défis dont la portée et la complexité approchent celles du traitement du VIH/SIDA. L’initiative « 3 millions d’ici 2005 » est en train de catalyser de nouveaux modes de collaboration au sein de l’OMS et de la communauté sanitaire mondiale qui se fondent sur un travail d’équipe orienté vers des résultats concrets et faisant intervenir de nombreux partenaires, sur des relations solides entre les communautés, les autorités nationales et les institutions internationales et surtout sur un ferme engagement en faveur de l’équité dans le domaine de la santé.

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