Rapport sur la santé dans le monde

Chapitre 3


Les agents de santé communautaires et le traitement

Pour renforcer la participation active des communautés au développement sanitaire, on peut par exemple donner à certains de leurs membres une formation d’agents de santé communautaires et les déployer sur le terrain. Jusqu’ici, les programmes de traitement antirétroviral mis en place là où les ressources sont limitées n’ont guère eu recours aux programmes existants de formation d’agents de santé communautaires, mais il est bon que les pays fassent le point de l’expérience qu’ils ont pu acquérir dans ce domaine et voient quelles sont les possibilités qui s’offrent à eux de collaborer avec des agents de santé communautaires et des membres d’associations de personnes vivant avec le VIH/SIDA (voir Encadré 3.5).

La collaboration des agents de santé communautaires avec les programmes à petite échelle des organisations non gouvernementales est un succès, de même qu’avec les programmes nationaux de grande envergure intégrés au système de santé publique. Dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, par exemple, les organisations confessionnelles assurent des soins de qualité depuis 20 ans. Nombre de centres de soins dépendant d’une organisation confessionnelle disposent d’un grand nombre d’agents extérieurs, d’agents de soins à domicile et d’agents de santé communautaires qui opèrent sous la forme de réseaux très spécifiques (29). D’autres organisations possédant le même genre de réseaux jouent également un rôle important dans la prévention du VIH/SIDA et les soins aux malades. Ces infrastructures auront leur part dans la mise en œuvre de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 » en utilisant les moyens et les réseaux existants.

La participation des agents de santé communautaires est très importante pour les modalités pratiques d’extension de l’accès au traitement. Même si les données tirées de l’expérience présente sont loin d’être complètes, ce que l’on en sait est déjà suffisant pour permettre aux planificateurs et aux agents d’exécution de passer immédiatement à la mise en place progressive des programmes, en axant ceux-ci sur la résolution des problèmes et en s’attaquant aux obstacles à mesure qu’ils se présentent. La recherche opérationnelle sera d’une importance capitale si l’on veut tirer rapidement les leçons de la participation des agents de santé communautaires au fur et à mesure de la montée en puissance des programmes. Cette recherche doit être planifiée et un budget prévu à cet effet.

Il ne faut pas voir dans les agents de santé communautaires de simples collaborateurs locaux à qui l’on peut confier des tâches temporaires que le système officiel de santé n’a pas les moyens d’exécuter. Ils ne constituent en aucun cas un moyen bon marché de s’affranchir des contraintes en matière de ressources humaines. Bien au contraire, les programmes impliquant les agents de santé communautaires peuvent et doivent être considérés comme un élément stratégique plus large d’autonomisation des communautés qui leur permettra de se prendre davantage en charge sur le plan sanitaire et d’améliorer la santé de leurs membres.

Les points suivants sont d’une importance capitale pour que l’entreprise réussisse :

Intégration des soins curatifs : les communautés ont généralement des besoins immédiats de soins curatifs. Si l’on ne fait pas participer des agents de santé communautaires à ce secteur d’activité, la population s’en désintéressera et sera moins encline à leur apporter son soutien (30). C’est ainsi que l’expérience acquise au Népal montre que lorsque l’on met en place une politique permettant aux agents de santé communautaires de distribuer des médicaments, ceux-ci se sentent plus motivés et sont mieux accueillis par l’ensemble de la communauté (31). Le mauvais fonctionnement des programmes impliquant des agents de santé communautaires est souvent lié à un approvisionnement insuffisant en médicaments (32, 33).

L’encadrement et l’établissement de liens solides avec les professionnels de la santé et les systèmes d’orientation-recours : l’expérience récente montre que, moyennant un encadrement adéquat, les programmes de traitement du VIH/SIDA qui font largement appel aux agents de santé communautaires sont en mesure d’assurer des soins de qualité (34). L’expérience acquise en Haïti, au Rwanda et en Afrique du Sud en matière de traitement antirétroviral montre que cet encadrement peut être efficacement assuré en organisant des réunions régulières et en utilisant de simples formulaires qui facilitent la rédaction de rapports et la remontée de l’information, et qu’en outre, l’efficacité de cet encadrement dépend de la volonté des professionnels de la santé de travailler avec les communautés (19, 20). Tout programme impliquant des agents de santé communautaires doit s’intégrer dans un système d’orientation-recours comportant des centres de soins plus spécialisés capables de traiter les problèmes qu’on ne peut résoudre aux niveaux inférieurs.

Rémunération : lorsqu’une compensation financière est accordée aux agents de santé communautaires, on observe à la fois des effets bénéfiques (fidélisation des agents) et des effets négatifs (les agents sont considérés comme des fonctionnaires par la communauté) (28). Les agents de santé qui travaillent comme bénévoles ne peuvent généralement accorder au programme qu’une fraction de leur temps chaque semaine.

On a mis en place des systèmes novateurs pour indemniser les bénévoles. Par exemple, les bénévoles participant au programme de lutte contre l’onchocercose dans le district de Kabarole, en Ouganda, ont été également chargés de la distribution de médicaments antionchocerquiens et de la vente de préservatifs, ce qui a fini par cons-tituer pour eux une activité rémunératrice (35). Dans plusieurs pays, les bénévoles ne sont pas payés, mais ils reçoivent une compensation en nature, par exemple une bicyclette qu’ils peuvent utiliser pour d’autres activités. A long terme, cependant, il est nécessaire d’accorder une compensation financière aux agents de santé communautaires pour maintenir le niveau de participation requis lorsque leurs heures de travail sont comparables à celles du personnel sanitaire professionnel. Il n’existe pas de programme employant des agents de santé communautaires, qu’ils soient bénévoles ou rémunérés, dont le coût soit nul, et tout programme de ce genre a besoin d’un certain budget pour être efficace et s’inscrire dans la durée.

Relations avec la communauté : un soutien et une reconnaissance de la part des organisations et des responsables communautaires, de même que l’appréciation témoignée par les membres de la communauté sont des encouragements très importants pour les agents de santé communautaires (36). Pour favoriser l’établissement de bonnes relations, il faut obtenir l’adhésion des associations de personnes vivant avec le VIH/SIDA et d’autres organisations et responsables communautaires dont le soutien sera déterminant. Par l’intermédiaire de leurs réseaux, les organisations communautaires pourraient compléter l’indemnisation des agents de santé communautaires par des prestations alimentaires ou un complément de revenu, par exemple. Il est par conséquent important de veiller à ce que ces agents restent attachés aux organisations communautaires. On peut y parvenir en s’appuyant sur les organisations communautaires pour mettre sur pied un programme de formation d’agents de santé communautaires et en assurer le suivi. A cet égard, il est capital de prévoir des dispositions qui garantissent la transparence. Entre autres solutions, on peut faire en sorte que ce soient les organisations communautaires plutôt que le système officiel de santé qui aient la haute main sur les compensations financières ou en nature destinées aux agents communautaires.

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