Rapport sur la santé dans le monde

Conclusion

Ce rapport s’ouvre sur l’histoire de Joseph Jeune, un agriculteur haïtien de 26 ans. Il raconte comment l’espérance peut triompher du désespoir et montre également comment on peut résister avec succès au VIH/SIDA.

Nous vivons un moment crucial de l’épidémie du VIH/SIDA et nous avons plus que jamais la possibilité d’en modifier l’évolution. Le plus important message que véhicule ce rapport, c’est qu’aujourd’hui la communauté internationale a la possibilité de changer le cours de l’histoire dans le domaine sanitaire pour les générations à venir et d’ouvrir plus largement la voie vers la santé pour tous.

Le Rapport sur la santé dans le monde 2004 rend compte de la propagation du VIH/SIDA dans le monde au cours du dernier quart de siècle. Il retrace également les efforts déployés par les groupes de sensibilisation, les associations de la société civile, les agents de santé communautaires, les chercheurs et bien d’autres pour lui donner un coup d’arrêt et combattre ses nombreux effets collatéraux, notamment la stigmatisation et la discrimination des malades. Malgré ces tentatives souvent héroïques, plus de 20 millions de personnes sont déjà décédées du VIH/SIDA et l’on estime que 34 à 46 millions d’autres sont désormais porteurs de l’agent étiologique d’une maladie contre laquelle on ne possède encore aucun vaccin et qu’on est impuissant à guérir.

Il existe toutefois un traitement. Comme beaucoup d’autres, Joseph Jeune lui doit la vie. Les photographies de Joseph avant et après son traitement témoignent de ce que l’on peut faire. La thérapie antirétrovirale l’a arraché à une mort prématurée ; elle lui a permis de retourner aux travaux des champs et de s’occuper à nouveau de sa famille.

S’attaquer efficacement au VIH/SIDA est désormais le défi le plus urgent que doivent relever les responsables de la santé publique dans le monde. En plaidant pour une stratégie d’ensemble qui allie prévention, traitement, soins et soutien aux malades, le rapport souligne tout particulièrement le bien-fondé du traitement qui reste l’élément le plus négligé de l’action sanitaire dans la plupart des pays en développement.

Seul le traitement peut faire évoluer les choses. Il est désormais possible de sauver les millions de gens qui doivent recevoir ce traitement mais n’y ont pas encore accès. Près de 6 millions de personnes ont actuellement besoin d’antirétroviraux, mais elles n’ont été que 400 000 à en recevoir en 2003. C’est devant ce constat que l’OMS et ses partenaires se sont engagés à faire en sorte que, d’ici la fin de 2005, 3 millions de personnes habitant dans des pays en développement puissent bénéficier d’une thérapie antirétrovirale – et ils n’ont pas l’intention de s’en tenir là.

L’initiative visant à étendre l’accès au traitement dépasse de loin les moyens d’une seule organisation. C’est l’un des projets de santé publique les plus ambitieux de l’histoire et il présente des difficultés considérables. Toutefois, au sein des nombreux partenariats établis par la communauté internationale, on admet maintenant que ce projet étant réalisable, il doit être réalisé.

La nécessité morale d’un tel impératif ne fait pas de doute, mais il y a d’autres excellentes raisons de soutenir l’initiative en faveur du traitement. Comme le montre le rapport, le coût économique et social à long terme du VIH/SIDA a été largement sous-estimé dans beaucoup de pays et un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne pourraient être au bord de l’effondrement économique. L’extension de l’accès au traitement est d’une importance cruciale pour protéger la stabilité et la sécurité de ces pays et donner à leur développement futur des bases plus solides. De plus, et c’est là un point d’une importance capitale, le traitement peut donner un coup d’accélérateur au renforcement des systèmes de santé dans l’ensemble des pays en développement.

Développer les systèmes de santé est essentiel, non seulement pour combattre le VIH/SIDA, mais également, d’une façon générale, pour permettre aux personnes qui connaissent le plus de difficultés d’accéder plus largement à des soins de santé de meilleure qualité. Le rapport montre comment les organisations internationales, les gouvernements, le secteur privé et les communautés peuvent mettre leurs ressources en commun pour atteindre cet objectif.

L’action de sensibilisation menée par l’OMS et ses partenaires en faveur d’un accroissement des investissements internationaux dans le secteur sanitaire commence à porter ses fruits. Les pays devraient tirer le plus large parti possible, au plan de la santé publique, de ce nouvel apport de fonds. Bien qu’en grande partie destinées à la lutte contre le VIH/SIDA, ces ressources peuvent également être utilisées pour renforcer certains des systèmes de santé parmi les plus fragiles.

Après 2005 va se poser le problème d’étendre le traitement à des millions d’autres malades et d’en assurer la poursuite pendant le reste de leur vie, tout en mettant en place l’infrastructure sanitaire nécessaire à l’accomplissement de cette tâche gigantesque et en en assurant la pérennité. C’est là une entreprise dont le succès n’est pas garanti, mais on ne nous pardonnerait pas d’être restés inactifs et nous serons jugés par ceux qui souffrent inutilement aujourd’hui et par les historiens de demain. Ils seront en droit de se demander pourquoi, si nous venions à laisser échapper cette chance de modifier le cours de l’histoire, nous n’avons pas su agir quand il était temps.

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