Rapport sur la santé dans le monde

Résumé


Aller de l’avant tous ensemble

Un impératif d’action

Cet impératif est incontestablement de renforcer les ressources humaines de manière à ce que les systèmes de santé puissent s’attaquer aux maladies invalidantes et atteindre les objectifs nationaux et mondiaux dans le domaine de la santé. Il est capital de disposer d’une infrastructure humaine solide si l’on veut combler le fossé qui existe aujourd’hui entre les promesses et la réalité et aller au-devant des défis sanitaires du XXIe siècle.

Au cours des dernières années, l’élan donné à l’action n’a cessé de prendre de l’ampleur. Les Etats Membres de l’OMS, emmenés par les responsables sanitaires africains, ont, lors de récentes Assemblées mondiales de la Santé, adopté deux résolutions par lesquelles ils appellent à une action au niveau mondial pour mettre sur pied les personnels dont ont besoin les systèmes sanitaires nationaux, notamment en faisant barrage aux flux migratoires non planifiés des professionnels de la santé. En Europe et en Amérique latine ont été créés des observatoires régionaux des ressources humaines pour la santé, et les Bureaux régionaux de l’Asie du Sud‑Est et de la Méditerranée orientale ont lancé de nouvelles initiatives pour la formation en santé publique. Dans le cadre de la Joint Learning Initiative (initiative conjointe sur l’apprentissage), une centaine de responsables sanitaires mondiaux ont recommandé que des mesures soient prises d’urgence pour surmonter la crise que traversent les ressources humaines pour la santé. Des appels à l’action ont été lancés à l’occasion d’une série de forums de haut niveau sur les OMD dans le domaine de la santé qui se sont tenus à Genève, à Abuja et à Paris et, à Oslo, deux consultations ont amorcé un processus de participation des différentes parties prenantes en vue d’organiser la marche en avant. Il se dégage de tout cela un mandat clair – à savoir la nécessité d’établir un plan d’action au niveau mondial fondé sur des initiatives nationales épaulées par la solidarité internationale.

Des initiatives nationales

Pour avoir suffisamment de force, les stratégies mises en place dans les pays doivent posséder un solide contenu technique et s’appuyer sur un processus politique crédible. Cela suppose que soit pris en compte l’ensemble des questions relatives au déroulement de carrière – entrée dans la profession, activité professionnelle effective et départ – en s’attachant à passer des accords fondés sur la confiance mutuelle et la négociation et moyennant un engagement effectif des parties prenantes dans la planification et l’exécution. En outre, ces stratégies nationales seront probablement plus fructueuses si elles se fondent sur trois priorités : agir sans délai, prévoir l’avenir et se doter des moyens nécessaires.

  • Agir sans délai pour accroître la productivité en faisant la chasse au gaspillage (par exemple en éliminant les employés fantômes ou les emplois fictifs et en combattant l’absentéisme) et en améliorant la performance du personnel par l’adaptation des rémunérations, des mesures d’incitation au travail, de meilleures conditions de sécurité et la mobilisation des agents. Il est capital d’améliorer la recherche du renseignement pour mieux cerner les différentes situations nationales et suivre les progrès ou les reculs.
  • Prévoir l’avenir en incitant les différentes parties prenantes à élaborer des plans stratégiques nationaux basés sur des données concrètes et sur des scénarios qui prennent en compte les tendances probables. Il faut s’attendre à un développement important de l’enseignement et des services privés, ce qui nécessitera la mobilisation de fonds publics pour assurer un accès équitable à la santé et financer les activités de promotion et de prévention. L’action publique au niveau de l’information, de la réglementation et de la délégation de responsabilités est un élément essentiel pour le fonctionnement des systèmes de soins dans le secteur privé et le secteur public.
  • Se doter des moyens nécessaires en renforçant les institutions essentielles à un bon développement du personnel. Le développement de l’animation et de la gestion dans le domaine de la santé sont des éléments essentiels à la planification stratégique et à la mise en oeuvre des politiques en matière de ressources humaines pour la santé, comme le sont d’ailleurs d’autres secteurs d’activité tels que l’enseignement et la finance. Il faut mettre en place un système efficace pour la fixation des normes, l’accréditation et la délivrance des autorisations d’exercer de manière à améliorer le travail des syndicats, des établissements d’enseignement, des associations professionnelles et de la société civile.

La solidarité internationale

Si bien conçues qu’elles soient, les stratégies nationales ne peuvent à elles seules faire face à la réalité des problèmes auxquels ont et auront à faire face les personnels de santé. Les stratégies élaborées dans l’ensemble des pays souffrent également de la fragmentation des données, d’un arsenal de planification limité et du manque de compétence technique. Les flambées de maladies et l’évolution du marché du travail se jouent des frontières nationales, et l’acuité de la crise des ressources humaines qui touche un nombre important de pays nécessite une aide internationale. Il faut donc que les initiatives nationales puissent s’appuyer sur la solidarité internationale dans au moins trois domaines : les savoirs et l’apprentissage, les accords de coopération et la réactivité aux crises touchant les ressources humaines.

  • Catalyser l’acquisition des savoirs et l’apprentissage. Dans tous les pays, le progrès va s’accélérer grâce à des investissements peu coûteux mais importants consacrés à l’élaboration d’une meilleure métrique des ressources humaines, aux accords conclus en vue de la définition d’un cadre technique commun et au soutien des recherches identifiées comme prioritaires. La mise en commun effective des diverses compétences techniques et l’ampleur de l’expérience acquise peuvent aider les pays à s’adjoindre les meilleurs talents et à adopter les meilleures pratiques.
  • Conclure des accords de coopération. Le caractère de plus en plus international du personnel sanitaire découlant notamment des flux migratoires et de la présence d’agents et de bénévoles au service des organisations humanitaires nécessite la conclusion d’accords de coopération destinés à protéger les droits et la sécurité des travailleurs et à favoriser l’adoption de modes de recrutement respectueux de l’éthique. La situation actuelle de la grippe aviaire dans le monde met en évidence un impératif encore plus fondamental, à savoir se doter au niveau international des moyens permettant de rassembler les ressources humaines nécessaires pour faire face aux situations d’extrême urgence dans les domaines sanitaire et humanitaire.
  • Réagir aux crises touchant les ressources humaines. L’ampleur de la crise qui frappe le personnel sanitaire dans les pays les plus pauvres de la planète n’est en aucun cas surestimée et elle nécessite une action urgente, durable et coordonnée de la part de la communauté internationale. Les donateurs doivent faciliter le financement immédiat et à plus long terme des ressources humaines à titre d’investissement dans les systèmes de santé. Il est recommandé de répartir les fonds en deux parts égales, 50 % du total de l’aide financière internationale allant aux systèmes de santé et 50 % aux stratégies de renforcement du personnel sanitaire national. Il faut, en mettant en oeuvre les politiques de financement pour le développement, veiller à ce que le plafonnement de l’emploi ne constitue pas l’obstacle principal à l’expansion du personnel sanitaire. Tous les partenaires doivent se livrer à un examen critique des moyens qu’ils emploient pour soutenir le personnel sanitaire, le but étant de supprimer les pratiques inefficaces et de s’aligner davantage sur les initiatives nationales.

Les initiatives prises au niveau national et la solidarité internationale peuvent déboucher dans tous les pays sur des améliorations structurelles importantes touchant le personnel, notamment dans les pays qui connaissent les crises les plus graves. Ces améliorations se traduiraient par la possibilité d’avoir partout accès à un personnel motivé, compétent et convenablement soutenu, par une plus grande satisfaction des travailleurs, des employeurs et du public et par une gestion plus efficace des ressources humaines par l’Etat, la société civile et les associations professionnelles.

Plan d’action

Des initiatives doivent être prises de toute urgence au niveau national pour relancer l’action au niveau des pays et la maintenir pendant au moins une décennie. Le Tableau 2 récapitule les objectifs d’un plan d’action décennal pour la période 2006-2015.

  • Les mesures à prendre sans attendre au cours des prochaines années pourraient consister, pour les pays chefs de file, à se lancer dans des plans nationaux visant à étendre les stratégies efficaces, accroître les investissements, faire la chasse au gaspillage et renforcer les établissements d’enseignement. L’aide internationale devrait permettre aux pays de progresser plus rapidement, les grandes options étant, dans l’immédiat, le renseignement, la coopération technique, l’alignement des politiques en matière de fiscalité et de migration ou encore l’harmonisation des initiatives prioritaires et de l’aide fournie par les donateurs.
  • A mi-parcours, plus de la moitié des pays devraient avoir élaboré des plans nationaux rationnels et avoir élargi la mise en oeuvre de bonnes politiques et pratiques gestionnaires portant sur les mesures d’incitation destinées au personnel, la réglementation et les institutions. Au niveau mondial, les progrès se traduiront par des normes et des structures communes, une assistance technique importante et une meilleure gestion des connaissances. Des principes de recrutement rationnels et l’alignement des programmes prioritaires et des instruments de développement à l’appui des ressources humaines pour la santé devraient entrer dans les moeurs.
  • Dans tous les pays, l’objectif du plan décennal est de mettre au service des systèmes nationaux de santé un personnel très performant capable de faire face aux problèmes actuels et à venir. Cela signifie que chaque pays devra avoir mis en oeuvre ses plans stratégiques nationaux et s’être attelé à l’élaboration de plans pour l’avenir en faisant fond sur de solides moyens nationaux. Au niveau mondial, un ensemble de principes directeurs basés sur l’expérience concrète devrait assurer le respect des règles de bonne pratique par le personnel sanitaire. Malgré l’augmentation des flux internationaux de travailleurs migrants, la conclusion d’accords de coopération appropriés devrait permettre d’en atténuer les conséquences néfastes. Un financement international durable devrait être assuré pour les dix prochaines années au bénéfice des pays d’accueil au fur et à mesure de l’expansion de leur personnel sanitaire.

Aller de l’avant tous ensemble

Pour que le plan d’action progresse, il est nécessaire que les parties prenantes coopèrent par le truchement d’alliances générales et de réseaux – locaux, nationaux et mondiaux – portant sur l’ensemble des problèmes, des professions, des disciplines, des ministères, des secteurs et des pays. Des structures de coopération peuvent permettre de mettre en commun les compétences et les ressources fiscales lorsque celles-ci sont limitées et favoriser un apprentissage mutuel. La Figure 5 montre schématiquement comment une alliance mondiale des ressources humaines peut être constituée pour amener les différentes parties prenantes à donner un coup d’accélérateur aux programmes de base dans les pays.

L’une des premières tâches consiste à mener une action de sensibilisation visant à mettre les questions de personnel en bonne place sur l’agenda politique et à les y maintenir. Le moment est venu de rechercher des appuis politiques maintenant que l’on prend de plus en plus conscience du problème, que des solutions efficaces sont en vue et qu’un certain nombre de pays expérimentent d’ores et déjà des interventions. Le développement des ressources humaines pour la santé est un processus continu qu’il est toujours possible d’améliorer. Toutefois, il est possible d’obtenir plus vite de meilleurs résultats dans presque tous les pays en appliquant des solutions qui ont fait leurs preuves. Certaines d’entre elles devraient être mises en oeuvre immédiatement ; sur d’autres points, il faudra du temps. Il n’y a aucun raccourci possible et le temps presse. C’est maintenant le moment d’agir, d’investir dans l’avenir et de faire avancer la santé – rapidement et équitablement.

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