Rapport sur la santé dans le monde

Résumé


Les menaces pour la santé publique mondiale au XXIe siècle

La mobilité, l’interdépendance et l’interconnexion extrêmes du monde d’aujourd’hui créent une multitude de conditions favorables à la propagation rapide des maladies infectieuses et des menaces radionucléaires ou toxicologiques, d’où la nécessité d’un Règlement sanitaire international actualisé et élargi. L’extension géographique des maladies infectieuses progresse désormais à une allure plus soutenue que jamais. On estime qu’en 2006, 2,1 milliards de passagers ont voyagé par voie aérienne ; une flambée épidémique survenant en un point quelconque du globe n’est qu’à quelques heures de venir menacer n’importe quel autre lieu (voir Figure 1).

Outre qu’elles se propagent plus rapidement, les maladies infectieuses apparaissent plus promptement qu’elles ne l’ont jamais fait par le passé. Depuis les années 1970, on découvre de nouvelles maladies émergentes au rythme sans précédent d’au moins une par année. Il existe désormais près de 40 maladies qui étaient encore inconnues il y a une génération. Par ailleurs, l’OMS a confirmé plus de 1100 événements sanitaires de nature épidémique qui se sont produits dans le monde au cours des cinq années écoulées.

Les divers exemples et catégories énumérés ci-dessous mettent en lumière la diversité et l’ampleur des menaces pour la santé publique auxquelles la population est confrontée aujourd’hui.

Maladies à tendance épidémique

Le choléra, la fièvre jaune et les infections épidémiques à méningocoques ont réapparu au cours du dernier quart du XXe siècle et exigent un nouvel effort en matière de surveillance, de prévention et de lutte. Les cas humains de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et de grippe aviaire sont devenus un motif majeur de préoccupation au niveau international, ils posent des problèmes nouveaux sur le plan scientifique, sont la cause de grandes souffrances pour les malades et provoquent des dégâts considérables dans le domaine économique. D’autres affections virales émergentes, telles que les fièvres hémorragiques à virus Ebola ou Marbourg ou encore l’infection à virus de Nipah, constituent une menace pour la sécurité sanitaire mondiale et doivent également être confinées à la source du fait de leur caractère aigu comme de la morbidité et de la mortalité qu’elles entraînent. Lors de flambées de ces maladies, une évaluation et une intervention rapides, nécessitant souvent une assistance internationale, se sont révélées indispensables pour en limiter la propagation à l’échelon local. Il faudra à l’avenir impérativement renforcer les moyens disponibles pour évaluer ces menaces d’un genre nouveau.

Les progrès accomplis dans beaucoup d’aspects de la lutte contre les maladies infectieuses sont gravement compromis par la généralisation de la résistance aux anti‑infectieux, la tuberculose ultra-résistante (UR) constituant désormais un grave sujet de préoccupation. Une pharmacorésistance se manifeste également dans le cas des affections nosocomiales, des infections respiratoires, des infections sexuellement transmissibles, des maladies diarrhéiques, de la méningite ou encore du paludisme, et elle commence à apparaître chez le VIH.

Maladies d’origine alimentaire

La chaîne alimentaire connaît depuis une cinquantaine d’années une évolution aussi rapide que profonde avec une tendance à la complexification et à l’internationalisation. Si, dans l’ensemble, la sécurité sanitaire des aliments a fait des progrès spectaculaires, l’amélioration est inégale et des flambées de maladies d’origine alimentaire, dues à une contamination par des micro‑organismes, des substances chimiques ou des toxines, sont courantes dans de nombreux pays. Si des denrées contaminées font l’objet d’échanges commerciaux entre plusieurs pays, le risque d’une propagation de ces flambées en sera accru. Par ailleurs, l’apparition de nouvelles maladies d’origine alimentaire suscite une grande inquiétude, comme cela a été le cas lorsqu’on a découvert que la maladie de Creutzfeldt-Jakob était liée à l’encéphalite spongiforme bovine (ESB).

Flambées accidentelles ou intentionnelles

Le regain d’activité lié à la surveillance des maladies infectieuses et aux recherches en laboratoire que l’on observe ces dernières années accroît également le risque de flambées dues à la libération accidentelle d’agents infectieux. Une violation des règles de sécurité biologique est souvent à l’origine de ce type d’accident. Par ailleurs, la propagation malveillante d’agents pathogènes dangereux, naguère impensable, est désormais une réalité, comme on l’a vu en 2001 aux Etats-Unis d’Amérique lors de l’affaire du courrier volontairement contaminé par des bacilles charbonneux.

En outre, les événements sanitaires inquiétants qui se sont produits dans un passé récent à la suite d’accidents de nature chimique ou radionucléaire, ou encore de modifications soudaines de l’environnement ont causé une grande inquiétude dans de nombreuses régions du monde.

Accidents de type chimique
  • Afrique de l’Ouest, 2006 : la décharge de quelque 500 tonnes de déchets pétro-chimiques sur au moins 15 sites aux alentours de la ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, a provoqué la mort de huit personnes, vraisemblablement par suite d’une exposition à ces déchets, et conduit près de 90 000 habitants à consulter un médecin. Un certain nombre d’autres pays se sont également demandé s’ils n’encouraient pas un risque analogue du fait de décharges auxquelles il aurait pu être procédé ailleurs ou de la contamination chimique des cours d’eau transfrontaliers.
  • Europe du Sud, 1981 : 203 personnes sont décédées après avoir consommé de l’huile de cuisine toxique, contaminée par de l’huile de colza industrielle. Au total, 15 000 personnes ont souffert de la consommation de cette huile frelatée et on n’a trouvé aucun traitement qui permette de faire régresser les effets indésirables du syndrome dit de « l’huile toxique »
Accidents radionucléaires
  • Europe orientale, 1986 : la catastrophe de Tchernobyl est considérée comme l’accident le plus grave jamais survenu dans la production d’électricité d’origine nucléaire. L’explosion qui s’est produite à l’intérieur de la centrale a provoqué la contamination radioactive de la zone environnante, et un nuage générateur de retombées radioactives a dérivé au-dessus des régions occidentales de l’Union soviétique, de l’Europe orientale et occidentale, de certains pays nordiques, ainsi que sur l’est de l’Amérique du Nord. De vastes zones de l’Ukraine, de la République du Bélarus et de la Fédération de Russie ont été fortement contaminées, entraînant l’évacuation et la réinstallation de plus de 336 000 habitants.
Catastrophes environnementales
  • Europe, 2003 : la vague de chaleur caniculaire qui a frappé l’Europe cette année‑là en causant le décès de 35 000 personnes était liée aux conditions météorologiques extrêmes qui régnaient pour la première fois à cette époque dans d’autres régions du monde.
  • Afrique centrale, 1986 : plus de 1700 personnes sont mortes d’une intoxication par le dioxyde de carbone, à la suite d’un dégagement massif de ce gaz dans le lac Nyos, un lac de cratère. Ce genre d’événement nécessite une évaluation rapide afin de déterminer s’il constitue une menace de portée internationale.

Les quelques exemples qui précèdent seront examinés plus en détail dans le corps du rapport en même temps que les enseignements que l’on peut en tirer. Ce que le rapport souligne, c’est que l’action à mener au niveau international ne vise pas seulement ce qui est connu, mais aussi ce qui ne l’est pas – c’est-à-dire les maladies qui peuvent survenir par suite de changements environnementaux ou climatiques extrêmes ou encore d’une pollution ou d’accidents d’origine industrielle susceptibles de mettre en danger des millions de gens dans plusieurs pays.

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