Introduction au rapport
Introduction
Pourquoi un renouveau des soins de santé primaires (SSP) et pourquoi maintenant plus que jamais ? La réponse immédiate est apportée par la demande palpable des Etats Membres – pas seulement des professionnels de la santé, mais des milieux politiques également.
La mondialisation met à rude épreuve la cohésion sociale de nombreux pays, et les systèmes de santé, éléments clés de l’architecture des sociétés contemporaines, ne fonctionnent manifestement pas aussi bien qu’ils le pourraient et le devraient.
Les populations manifestent de plus en plus d’impatience face à l’incapacité des systèmes de santé à assurer une couverture nationale répondant à des demandes précises et aux nouveaux besoins, ainsi qu’au fait que leurs prestations ne correspondent pas à leurs attentes. Que les systèmes de santé doivent relever mieux – et plus rapidement – les défis d’un monde en évolution, tout le monde en convient. Les SSP peuvent le faire.
On reconnaît aujourd’hui que des populations ont été laissées à la traîne et le sentiment prévaut que des occasions ont été manquées, un peu comme il y a 30 ans, avant l’irruption à Alma-Ata d’une nouvelle façon de concevoir la santé. La Conférence d’Alma-Ata a mobilisé au sein d’un « mouvement des soins de santé primaires » des professionnels et des institutions, des gouvernements et des organisations de la société civile, des chercheurs et des organisations de base qui ont entrepris de s’attaquer aux inégalités en santé « politiquement, socialement et économiquement inacceptables »1 dans tous les pays. La Déclaration d’Alma-Ata affichait clairement ses valeurs : justice sociale et droit à une meilleure santé pour tous, participation et solidarité.1 On avait le sentiment que ces valeurs ne pourraient progresser qu’au prix de changements fondamentaux dans la manière dont les systèmes de santé fonctionnaient et tiraient parti des potentialités d’autres secteurs.
La traduction de ces valeurs en réformes concrètes s’est faite de manière inégale. Aujourd’hui, cependant, l’équité en matière de santé occupe une place de plus en plus en vue dans les discours des dirigeants politiques et des ministres de la santé, 2 ainsi que des représentants des pouvoirs locaux, des associations professionnelles et des organisations de la société civile.
Les valeurs des SSP pour atteindre la santé pour tous exigent un système de santé qui « mette l’individu au centre des soins de santé ».3 Ce que les gens considèrent comme des modes de vie souhaitables en tant qu’individus et ce qu’ils attendent de leur société – c’est-à-dire ce à quoi ils attachent de la valeur – constituent des paramètres importants pour gouverner le secteur de la santé. Les SSP restent la référence pour les discours sur la santé de la plupart des pays en raison précisément du fait que le mouvement des SSP s’est efforcé de fournir des réponses rationnelles, fondées sur des données factuelles et anticipatives aux besoins de santé et à ces attentes sociales. 4,5,6,7 Cela passe par des arbitrages qui doivent commencer par tenir compte des « attentes en matière de santé et de soins de santé » des citoyens et veiller à ce « que [leur] voix et leur choix influent de manière décisive sur la manière dont sont conçus et fonctionnent les services de santé ».8 Une récente analyse des soins de santé primaires fait écho à cette perspective en parlant du « droit de chacun au meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre » et de « renforcer au maximum l’équité et la solidarité » tout en « répondant aux besoins des populations ».4 Pour pouvoir tendre vers la santé pour tous, les systèmes de santé doivent relever les défis d’un monde en pleine évolution et répondre aux attentes croissantes de meilleures performances. Cela implique de réorienter et de réformer substantiellement la manière dont fonctionnent les systèmes de santé au sein de la société d’aujourd’hui : ces réformes sont à l’ordre du jour du renouveau des SSP.
Références
1. Primary health care: report of the International Conference o 1. n Primary Health Care, Alma-Ata, USSR, 6-12 September, 1978, coparrainé par l’Organisation mondiale de la Santé et le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1978 (Health for All Series No. 1).
2. Dahlgren G, Whitehead M. Levelling up (part 2): a discussion paper on European strategies for tackling social inequities in health. Copenhague, Bureau régional OMS de l’Europe, 2006 (Studies on social and economic determinants of population health No. 3).
3. Bureau régional OMS de l’Asie du Sud-Est et Bureau régional OMS du Pacifique occidental. People at the centre of health care: harmonizing mind and body, people and systems. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2007.
4. Renewing primary health care in the Americas: a position paper of the Pan American Health Organization. Washington, DC, Organisation panaméricaine de la Santé, 2007.
5. Saltman R, Rico A, Boerma W. Primary health care in the driver’s seat: organizational reform in European primary care. Maidenhead, England, Open University Press, 2006 (European Observatory on Health Systems and Policies Series).
6. Report on the review of primary care in the African Region. Brazzaville, Bureau régional OMS de l’Afrique, 2003.
7. Conférence internationale d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires : vingtcinquième anniversaire. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2003 (Cinquante-Sixième Assemblée mondiale de la Santé, Genève, 19‑28 mai 2003, WHA56.6, Point 14.18 de l’ordre du jour).
8. The Ljubljana Charter on Reforming Health Care, 1996. Copenhague, Bureau régional OMS de l’Europe, 1996.