Docteur Barthélemy Bagaza : "Mon devoir de médecin, c'est de ne jamais refuser de patient."
Dès l'obtention de son diplôme il y a 18 mois, Le Dr Bagaza a été immédiatement nommé médecin-chef au centre de santé de Damara. Il s'est retrouvé être le seul médecin pour une communauté de 29 000 habitants.
"C’est pas du jeu, nous ne dormons pas. Nous sommes là, je suis là debout. Je passe la nuit, je passe toutes mes nuits ici à l’hôpital." Ceci est son quotidien ainsi que celui de son equipe.
Situé à 75 km de la capitale, Damara est le premier centre de population important sur la route qui va vers le nord du pays. La ville a été très durement touchée par les conflits récents. Il y a beaucoup de malades du VIH/SIDA, du paludisme ainsi que de la tuberculose. Les taux de mortalité infantile et maternel sont élevés, même pour la République Centrafricaine.
Ce jeune médecin et son équipe dévouée de 13 infirmiers et 2 sages-femmes s'occupent de toutes les victimes. Mais en plus de cela, la population des alentours, craignant toujours pour leur vie, viennent se réfugier dans le centre pour y passer la nuit.
Le centre a été systématiquement pillé lors des conflits : "Ils ont tout enlevé - les panneaux solaires, les gens ont emporté ça. Ils ont tout enlevé. Quand on est venu ici, il n’y avait presque rien. Heureusement que le professeur Nali, le ministre sortant, nous a aidé à trouver quelques matériels." Depuis, la situation se stabilise quelque peu.
Une bonne nouvelle : la Président Bozizé à fait don récemment d'une ambulance à Damara, tandis que l'UNICEF en a fait parvenir trois autres aux autorités centrafricaines. Le Professeur Nali estime qu'il en faudrait 70 pour couvrir les besoins du pays, car presque toutes furent pillées, volées ou détruites entre 2001 et 2003.
Il y reste cependant bien des choses à faire à Damara: "En plus [du manque de matériel médicochirurgical], il y a un problème de bâtiment. C’est qu’ici nous hospitalisons à la fois les accouchées et les maladies gynécologiques. Cela ne se fait pas !"
Grâce à une équipe certes petite, mais compétente, le Dr Bagaza sauve des vies. Il désire seulement avoir les moyens d'en sauver plus.
Marie-Thérèse, 41 ans, violée et répudiée avec ses sept enfants
Quand les troupes congolaises de l'ex-Président Patassé ont attaqué Damara en 2003, le mari de Marie-Thérèse, fonctionnaire à la retraite, était parti à Bangui pour chercher à toucher sa pension.
"Ils sont arrivés chez moi à 12 et ils ont tout cassé. Ils m'ont tous violée et ont forcé mes enfants à regarder sous la menace des armes. Je me suis évanouie."
En se réveillant, elle vit son mari qui la mit dehors, ainsi que les enfants, parce qu'à ses yeux elle était maintenant la "femme des soldats" et les enfants maintenant "impurs". La même chose est arrivée à des milliers de femmes et d'enfants à Damara et ailleurs.
Dorénavant, Marie-Thérèse essaye de joindre les deux bouts en vendant de l'alcool de manioc. "Cet alcool que je vends, combien ça peut me rapporter ? Les gens nous montrent du doigt, ils nous méprisent."
Les sept enfants de Marie-Thérèse n'ont ni habits à porter, ni école à fréquenter : ils ont peur d'y être stigmatisés. Si le cas de Marie-Thérèse est similaire à celui de quantité d'autres femmes, son sens du devoir envers ses enfants l'a poussée à essayer de gagner de l'argent et à témoigner, tandis que la grande majorité des victimes n'osent pas sortir de chez elles.