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Les Héros de la santé: République Centrafricaine

Bernadette Sayo : "Lutter ensemble pour une cause commune"

Bernadette Sayo

"J’étais avec mes enfants [et] mon mari, et j’ai vu mon mari assassiné devant moi. Moi-même, j’ai été violée par un groupe de [cinq] de ces malfaiteurs devant mes enfants […]. Mon bébé avait un an quand on a assassiné son père. Il était dans les [ses] bras. Donc l’obus a enlevé la tête de son père, et le bébé est resté dans les bras de son père comme ça, et cet enfant est devenu bébête par la suite. Il n’y a qu’un an et demi que cet enfant a commencé à parler. Il y a aussi mon petit garçon: il a ramassé les éclats des obus qui ont atteint son père, qui ont atteint ses deux mains, et j’ai aussi l’aîné de celui-là, Junior. Il n’a pas fermé les yeux pendant deux mois. Il ne faisait que crier, il voit son père venir, il fuit, et il ne dort pas pendant deux mois. Il est traumatisé."

N'ayant pas pour autant perdu espoir, Bernadette se chargea de réunir d'autres victimes de violences sexuelles et créa une association, l'Organisation pour la compassion et les développements des familles en détresse (OCODEFAD). "J’ai eu l’idée de fonder cette ONG pour mobiliser ensemble, pour essayer de lutter pour une cause commune, au moins qu’on puisse punir les auteurs de ces crimes-là." Étant le seul organisme du pays où les victimes de violences sexuelles peuvent trouver aide et réconfort, L'OCODEFAD la meilleure chose qui puisse être pour ses membres, en absence d'assistance professionnelle. L'OMS a aidé ces victimes à organiser des activités dans le but de financer un système d'assurances collectif pour leurs dépenses de santé.

Un appui haut placé : Mme Doumta proclame son vif intérêt pour l'OCODEFAD

Bernadette Sayo et l'OCODEFAD ont une alliée de poids en la personne de Léa Koyassoum Doumta. Récemment nommée ministre de la Santé, Mme Doumta avait déjà pris parti en faveur des victimes de violences lors de son précédent passage au ministère des Affaires sociales et à celui de la Justice. Elle appuie ouvertement l'OCODEFAD dans son combat pour la justice et pour l'apaisement des douleurs physiques, morales et psychologiques.

"Les membres de cette organisation sont les femmes violées, les veuves des conflits, des hommes sodomisés, des fillettes violées, les personnes âgées de troisième âge violées… Nous avons des cas torturés, nous avons quelques familles de disparus. Il y a des victimes qui portent encore des balles dans le corps, qui ont besoin de suivi médical, et nous sommes confrontés à d’énormes problèmes de prise en charge de moyens, de prise en charge médicale et psychologique, donc nous avons besoin aussi de ressources humaines. […] Il y a de nombreuses fillettes violées qui ne peuvent plus aller à l’école, parce que toutes les victimes violées sont rejetées de leur communauté. Elles sont huées [et montrées du doigt] partout où elles passent."

Pour ces victimes, être bannies pour avoir été violées est une des conséquences les plus cruelles à laquelle faire face. Il n'y a qu'en solidarisant les victimes en groupes d'entraide tout en dénonçant les injustices subites que quelque changement social positif que ce soit puisse être apporté. Si les chosent évoluent petit à petit, beaucoup reste à faire. L'oeuvre entreprise par Bernadette a montré que la solidarité est le chemin du progrès.


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