Docteur Eugène Serdouma : "Tout s’exprime en termes d’urgence."
Le Dr Serdouma est le chef de service de la maternité de 144 lits de l’hôpital communautaire de Bangui. Il collabore avec six autres médecins et 38 sages-femmes pour mettre au monde 600 bébés par mois. Le travail d'équipe et la dévotion sont ce qui permet à ce service, le plus surchargé d'un hôpital qui l'est aussi, de fonctionner.
"[Les gens] savent que c’est le service de référence, ils arrivent, c’est ici qu’on doit les prendre en charge. On les prend en charge, mais pour rembourser, payer les frais, c’est tout un problème. Et ceci grève le budget de fonctionnement de l’hôpital," lequel manque de matériel nécessaire, comme des stérilisateurs. En conséquence, les instruments chirurgicaux, vieux et parfois rouillés, sont bouillis avant utilisation.
L'incinérateur de l'hôpital ainsi que l'usine de traitement des eaux usées sont hors service depuis deux ans, ce qui pose un sérieux problème pour l'environnement et la santé aux alentours de l'hôpital. La rivière et les nappes phréatiques locales sont polluées, ajoutant sans cesse plus de patients, comme l'explique son directeur, le commandant joseph Kété.
L'argent manque à tous: au peuple, aux hôpitaux, à l'état.
Comme le dit le Dr Serdouma, "mêmes les fonctionnaires n’arrivent pas à honorer les frais médicaux.[…] Si on paie un mois aujourd’hui, le fonctionne qui s’est endetté pendant toute cette période de désert [doit] rembourser ses dettes. Et il ne pense pas à épargner un peu pour les éventualités de santé."
Même avec ses 20 ans d'expérience professionnelle, le salaire (théorique) du Dr Serdouma est de USD 0.6 par jour, soit moins de USD 20 par mois. Les personnels auxiliaires, le directeur des ressources humaines compris, sont payés à peine moitié moins."La plupart d'entre eux viennent à pied à l'hôpital, car ils ne peuvent pas payer les transports en commun. Certains doivent faire deux heures de marche pour venir travailler et ne déjeunent pas pour éviter les dépenses. Ils sont exténués," raconte un habitué de l'hôpital.
Malgré ces conditions de travail, le personnel parvient à travailler ensemble de manière remarquable - mais le coût humain en est très élevé.