Pour la plupart d’entre nous, entendre – les rires, la musique, les voix de ceux que nous aimons – ne demande aucun effort. Mais pour des millions de personnes dans le monde, le silence est devenu un compagnon indésirable.
Il y a 29 ans, la vie d’Ekaterine Tortladze a changé lorsqu’on a diagnostiqué une perte auditive chez son enfant. En quête de réponses, elle s’est perdue dans un dédale d’incertitudes, sans informations claires, sans soutien émotionnel et avec peu de ressources.
« Ce qui manquait, c’était un endroit où les patients et leur famille pouvaient s’adresser pour obtenir non seulement des réponses concernant les aspects médicaux, mais aussi de la compassion », se souvient-elle.
Déterminée à combler cette lacune, elle a fondé Aures, une organisation destinée aux jeunes malentendants et à leurs parents. Depuis près de 30 ans, Aures s’efforce de rendre les services plus humains et plus holistiques, centrés sur les individus et les familles.
Ekaterine a vu à quel point une déficience auditive isole la personne. « Elle cesse de socialiser et de poser des questions, elle se retire progressivement de la vie », dit-elle. « Mais lorsque quelqu’un entend à nouveau grâce à l’appareil, il me semble que le monde entier devrait se réjouir. »
« J’ai l’impression que c’est un miracle »
Chez Nana Gvarliani, la surdité est apparue à l’adolescence et s’est aggravée après la naissance de son troisième enfant. « Ce n’était pas un silence paisible – c’était un vide rugissant et bourdonnant qui consumait mon énergie », se souvient-elle. « J’étais épuisée et anéantie par des maux de tête incessants. »
Après plus d’une décennie sans réponses, Nana a entendu dire qu’un implant cochléaire pourrait peut-être l’aider. « J’étais terrifiée à l’idée d’une intervention chirurgicale, mais j’ai franchi le pas. Lorsque j’ai enfin pu entendre à nouveau, j’ai eu l’impression de renaître. Ma joie de vivre est revenue. »
Aujourd’hui, Nana quitte régulièrement Mestia, son village de montagne, pour aller en rééducation. « Chaque étape vaut la peine », dit-elle. « Je peux à nouveau parler à mes enfants. J’ai l’impression que c’est un miracle. »
« Le son m’a rendu la vie »
Il y a 10 ans, Elguja Zakareishvili, un artisan, a perdu l’ouïe du jour au lendemain. « Je détestais le silence », dit-il. « Je me sentais comme diminué de moitié. » Pendant des années, il a été dépendant de son jeune frère pour communiquer avec les clients, en utilisant des messages écrits.
Tout a changé lorsqu’il a appris que l’on pouvait obtenir des implants cochléaires en Géorgie et qu’ils étaient pris en charge par l’État. « Au début, je n’ai entendu que du bruit », se souvient-il. « Puis des voix, puis des conversations. Lorsque j’ai à nouveau entendu de la musique, j’ai eu envie de crier de joie. »
« Le son m’a rendu la vie », confie-t-il. « Je veux que les autres sachent qu’ils peuvent la retrouver aussi. »
« J’aime tellement l’école »
Lizzie, 6 ans, est entrée à l’école primaire cette année, alors que sa famille avait cru que cela n’arriverait jamais. Née sourde profonde, elle a prononcé ses premiers mots à l’âge de 2 ans et demi, après avoir été appareillée avec un implant cochléaire. « J’aime tellement l’école que je veux devenir enseignante », dit-elle fièrement.
Sa mère, Sophie, a tôt fait de reconnaître les signes et a agi rapidement. « Je ne l’ai jamais traitée d’une autre manière que les autres », dit-elle. « Je parlais, je jouais et je pensais qu’elle pourrait s’épanouir moyennant des outils adéquats. »
À l’école, l’instituteur de Lizzie a aidé ses camarades à comprendre comment elle entend avec son appareil, instaurant ainsi un environnement compréhensif et inclusif. « Les enfants acceptent naturellement les choses quand on leur explique », dit Sophie.
Dépistage précoce, formation et sensibilisation
L’histoire d’Ekaterine, de Nana, d’Elguja et de Lizzie montre les progrès des soins de l’oreille et de l’audition en Géorgie et dans le monde entier, ainsi que les difficultés rencontrées.
À l’échelle mondiale, plus de 1,5 milliard de personnes souffrent d’un certain degré de perte auditive, et moins de 20 % d’entre elles bénéficient des services dont elles ont besoin. Non soignée, la perte auditive coûte chaque année près de 1 000 milliards d’USD en perte de santé, perte éducative et perte de productivité. Pourtant, jusqu’à 60 % des déficiences auditives chez l’enfant peuvent être évitées grâce à de simples mesures de santé publique telles que le dépistage précoce et le traitement des infections de l’oreille.
En Géorgie, les progrès s’accélèrent. Avec le soutien de l’OMS et d’ATscale, le Partenariat mondial pour les technologies d’assistance, ce pays élargit l’accès aux prothèses auditives, aux implants cochléaires et à la rééducation, étapes essentielles pour une prise en charge de l’audition tout au long de la vie. L’OMS poursuit sa collaboration avec ses partenaires nationaux pour renforcer le dépistage précoce, la formation du personnel et la sensibilisation, afin que personne ne soit laissé de côté.
Si l’un de vos proches ou vous-même éprouvez des difficultés d’audition, demandez l’aide d’un professionnel dès que possible – une intervention rapide change des vies. Pour en savoir plus sur la prévention de la perte auditive, cliquez sur les liens suivants.

