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Dengue et dengue sévère

Aide-mémoire N°117
Mai 2015


Principaux faits

  • La dengue est une infection virale transmise par les moustiques.
  • Cette infection provoque un syndrome de type grippal et peut évoluer à l’occasion vers des complications potentiellement mortelles, appelées dengue sévère.
  • L’incidence mondiale de la dengue a progressé de manière spectaculaire au cours des dernières décennies.
  • Désormais, la moitié de la population mondiale environ est exposée au risque.
  • La dengue sévit dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, avec une prédilection pour les zones urbaines et semi-urbaines.
  • La dengue sévère est une des grandes causes de maladie grave et de mortalité chez les enfants dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine.
  • Il n’existe pas de traitement spécifique pour la dengue ou la dengue sévère, mais la détection précoce et l’accès à des soins médicaux adaptés permettent de ramener les taux de mortalité en dessous de 1%.
  • La prévention et la maîtrise de la dengue reposent uniquement sur des mesures efficaces de lutte antivectorielle, incluant la protection personnelle, des mesures antivectorielles s’inscrivant dans la durée et la lutte chimique.

La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques qui s’est propagée rapidement dans toutes les Régions de l’OMS ces dernières années. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées de moustiques, principalement de l’espèce Aedes aegypti, mais aussi dans une moindre mesure d’ A. albopictus. La maladie est largement répandue sous les tropiques, avec des variations locales de risque surtout fonction des précipitations, de la température et de l’urbanisation rapide et non maîtrisée.

La dengue sévère (que l’on appelait auparavant dengue hémorragique) a été reconnue pour la première fois dans les années 1950, au cours d’épidémies aux Philippines et en Thaïlande. Aujourd’hui, les pays d’Asie et d’Amérique latine sont les plus touchés et elle est devenue une cause majeure d’hospitalisation et de mortalité pour les enfants dans ces régions.

On distingue quatre sérotypes, étroitement apparentés, du virus responsable de la dengue (DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4). La guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l’origine de l’infection. En revanche, l’immunité croisée avec les autres sérotypes après guérison n’est que partielle et temporaire. Des infections ultérieures par d’autres sérotypes accroissent le risque de développer une dengue sévère.

Charge mondiale de la dengue

L’incidence de la dengue a progressé de manière spectaculaire dans le monde entier au cours des dernières décennies. Le nombre réel de cas est sous-notifié et de nombreux cas ne sont pas correctement classés.

Selon une estimation récente, on compterait 390 millions de cas de dengue par an (intervalle crédible à 95% 284-528 millions), dont 96 millions (67-136 millions) présentent des manifestations cliniques (quelle que soit la gravité de la maladie). 1 Une autre étude de la prévalence de la dengue estime que 3,9 milliards de personnes, dans 128 pays, sont exposées à l’infection par les virus de la dengue. 2

Les États Membres de trois régions OMS déclarent régulièrement le nombre annuel de cas. En 2010, près de 2,4 millions de cas ont été notifiés. Bien que l’on ne sache pas avec certitude quelle est exactement la charge mondiale de la dengue, la nette augmentation du nombre de cas déclarés ces dernières années s’explique par la mise en place d’activités visant à enregistrer tous les cas de dengue. Les autres caractéristiques de la maladie sont son tableau épidémiologique, y compris l’hyperendémicité de plusieurs sérotypes du virus de la dengue dans de nombreux pays, et l’impact inquiétant de la maladie tant sur la santé humaine que sur les économies nationales et mondiale.

Avant 1970, seuls 9 pays avaient connu des épidémies de dengue sévère. Désormais, la maladie est endémique dans plus de 100 pays en Afrique, dans les Amériques, en Méditerranée orientale, en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, ces 2 dernières régions étant les plus touchées.

Le nombre des cas dans les Amériques, en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental a dépassé 1,2 million en 2008 et 3 millions en 2013 (sur la base des données officielles transmises par les États Membres à l’OMS). Récemment, le nombre des cas notifiés a continué de progresser. En 2013, la région des Amériques a signalé à elle seule 2,35 millions de cas, dont 37 687 cas de dengue sévère.

Non seulement le nombre de cas augmente à mesure que la maladie se propage à de nouvelles zones mais l’on assiste également à des flambées explosives. La menace d’une flambée de dengue existe désormais en Europe et une transmission locale a été rapportée pour la première fois en France et en Croatie en 2010, et des cas importés ont été détectés dans 3 autres pays européens. En 2012, une flambée sur l'archipel de Madère (Portugal) a provoqué plus de 2000 cas et des cas importés ont été détectés sur Portugal continental et dans 10 autres pays européens.

En 2013, des cas se sont produits en Floride (États-Unis d’Amérique) et dans la province du Yunnan (Chine). La dengue a continué de sévir dans plusieurs pays d’Amérique latine, notamment au Costa Rica, au Honduras et au Mexique. En Asie, Singapour a notifié une augmentation du nombre des cas après une absence de cas de plusieurs années et des flambées ont également été signalées au Laos. En 2014, les tendances indiquent une augmentation du nombre de cas en Chine, dans les îles Cook,à Fidji, en Malaisie et à Vanuatu, le virus du type 3 (DEN 3) touchant les pays insulaires du Pacifique après un absence de dix ans. La dengue a également été signalée au Japon après une absence de plus de 70 ans.

En 2015, une augmentation du nombre de cas a été signalée au Brésil et dans plusieurs pays voisins. Dans le Pacifique, les Îles Fidji, Tonga et la Polynésie française ont continué d’enregistrer des cas.

On estime que, chaque année, 500 000 personnes atteintes de dengue sévère, dont une très forte proportion d’enfants, nécessitent une hospitalisation. Environ 2,5% d’entre eux en meurent.

Transmission

Femelles de moustique Aedes aegypti en train d'absorber du sang humain
OMS/TDR/Stammers

Le moustique Aedes aegypti est le principal vecteur de la dengue. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées. Après une incubation de 4 à 10 jours, un moustique infecté peut transmettre le virus tout le reste de sa vie.

L’être humain infecté est le principal porteur du virus; il permet sa prolifération et sert de source de contamination pour les moustiques qui ne sont pas encore infectés. Les sujets infectés par le virus de la dengue peuvent transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire des moustiques du genre Aedes après l’apparition des premiers symptômes.

Aedes aegypti vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Contrairement à d’autres moustiques, il se nourrit le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. Pendant chaque période où elle se nourrit, la femelle pique de multiples personnes.

Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé en Amérique du Nord et en Europe, en grande partie à cause du commerce international de pneus usagés (un gîte larvaire) et du mouvement des marchandises (par exemple la canne chinoise ou lucky bambou). Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation et peut donc survivre dans les régions plus tempérées et plus fraîches de l’Europe. Sa propagation est due à sa tolérance aux températures en dessous de 0°, à sa possibilité d’hiberner et à sa capacité de s’abriter dans des micro-habitats.

Caractéristiques

La dengue est une maladie grave de type grippal qui touche les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes mais dont l’issue est rarement fatale.

On suspectera la dengue en présence d’une forte fièvre (40°C), accompagnée de deux des symptômes suivants: céphalées sévères, douleurs rétro-orbitaires, musculaires, articulaires, nausées, vomissements, adénopathie ou éruption cutanée. Les symptômes perdurent en général de 2 à 7 jours et apparaissent à la suite d’une période d’incubation de 4 à 10 jours après la piqûre d’un moustique infecté.

La dengue sévère est une complication potentiellement mortelle due à une fuite plasmatique, une accumulation liquidienne, une détresse respiratoire, des hémorragies profuses ou une insuffisance organique. Les signes d’alerte surviennent de 3 à 7 jours après les premiers symptômes, conjointement à une baisse de la température (en dessous de 38°C). On peut alors observer des douleurs abdominales sévères, des vomissements persistants, une hyperpnée, des saignements des gencives, de la fatigue, une agitation, du sang dans les vomissures. La mort peut survenir dans les 24 à 48 heures suivantes de cette phase critique; un traitement médical adapté est alors nécessaire pour éviter les complications et le risque de décès.

Traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue.

Pour la dengue sévère, une prise en charge par des médecins et infirmiers expérimentés et connaissant les effets et l’évolution de la maladie peut sauver des vies en ramenant le taux de mortalité de plus de 20% à moins de 1%. Il est essentiel de maintenir les volumes liquidiens du patient dans le traitement de la dengue sévère.

Vaccination

Il n’y a pas de vaccin contre la dengue. Des progrès importants ont cependant été faits dans la mise au point d’un vaccin contre la dengue /dengue hémorragique. Trois vaccins tétravalents vivants atténués sont en cours d’essais cliniques de phases II et III, et trois autres candidats vaccins (vaccins sous-unitaire, à ADN ou préparé à partir du virus inactivé purifié) en sont à des stades plus précoces de développement.

L’OMS donne des avis techniques et des orientations aux pays et aux partenaires privés pour soutenir la recherche d’un vaccin et l’évaluation.

Prévention et lutte

Un agent de santé cubain recherche ddans des pneus des gites larvaires de moustiques vecteurs
OMS/TDR/Crump

Actuellement, la seule méthode pour prévenir ou combattre la transmission du virus consiste à lutter contre les vecteurs par les moyens suivants:

  • éviter que les moustiques n’aient accès aux gîtes larvaires par une gestion et une modification de l’environnement;
  • éliminer correctement les déchets solides et enlever les habitats créés par l’homme;
  • couvrir, vider et nettoyer toutes les semaines les conteneurs pour la conservation de l’eau domestique;
  • épandre des insecticides adaptés sur les conteneurs pour la conservation de l’eau à l’extérieur;
  • prendre des mesures de protection des personnes et du foyer par la pose de moustiquaires aux fenêtres, le port de vêtements à manches longues, l’utilisation de matériels imprégnés d’insecticide, de spirales et de pulvérisateurs;
  • améliorer la participation et la mobilisation des communautés pour une lutte antivectorielle durable;
  • en cas d’urgence épidémique, les mesures de lutte antivectorielle comprennent également l’épandage et les pulvérisations d’insecticides
  • contrôler et surveiller activement les vecteurs pour déterminer l’efficacité des interventions de lutte.

Action de l’OMS

  • L’OMS aide les pays à confirmer les flambées épidémiques par l’intermédiaire de son réseau de laboratoires collaborateurs;
  • elle fournit une assistance technique et des orientations aux pays pour une gestion efficace des flambées épidémiques de dengue;
  • elle aide les pays à améliorer leurs systèmes de notification et à saisir la véritable charge de la maladie;
  • avec certains de ses centres collaborateurs, elle assure des formations sur la prise en charge clinique, le diagnostic et la lutte antivectorielle au niveau régional;
  • elle élabore des stratégies et des politiques fondées sur des bases factuelles;
  • elle élabore de nouveaux outils, dont des produits insecticides et des techniques d’application;
  • elle réunit les notifications officielles de dengue et de dengue sévère en provenance de plus d’une centaine d’États Membres;
  • elle publie régulièrement des lignes directrices et des manuels pour la gestion des cas, la prévention et la lutte à l’intention des États Membres.

1 Bhatt S, Gething PW, Brady OJ, Messina JP, Farlow AW, Moyes CL et.al. The global distribution and burden of dengue. Nature;496:504-507.

2 Brady OJ, Gething PW, Bhatt S, Messina JP, Brownstein JS, Hoen AG et al. Refining the global spatial limits of dengue virus transmission by evidence-based consensus. PLoS Negl Trop Dis. 2012;6:e1760. doi:10.1371/journal.pntd.0001760.

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