Centre des médias

Résistance aux antimicrobiens

Aide-mémoire N°194
Mai 2014


Principaux faits

  • La résistance aux antimicrobiens compromet la prévention et le traitement efficaces d’un nombre croissant d’infections provoquées par des bactéries, des parasites, des virus et des champignons.
  • Elle constitue une menace croissante pour la santé publique mondiale qui exige la prise de mesures à l’échelle de tous les secteurs gouvernementaux et de la société tout entière.
  • La résistance aux antimicrobiens existe dans toutes les parties du monde. De nouveaux mécanismes de résistance apparaissent et se propagent à l’échelle mondiale.
  • En 2012, on dénombrait 450 000 nouveaux cas de tuberculose multirésistante (tuberculose-MR). La tuberculose ultrarésistante (tuberculose-UR) a été identifiée dans 92 pays. Les souches de tuberculose résistantes exigent des traitements beaucoup plus longs et moins efficaces.
  • La résistance à la précédente génération d’antipaludéens est très répandue dans la plupart des pays d’endémie palustre. La propagation, ou l’émergence dans d’autres régions, de souches du parasite résistantes à l’artémisinine pourrait compromettre les acquis importants de la lutte contre la maladie enregistrés récemment.
  • On observe une forte proportion de bactéries résistantes aux antibiotiques parmi celles responsables d’infections courantes (infections urinaires, pneumonie, infections sanguines, etc.) dans toutes les régions du monde. Un pourcentage élevé d’infections nosocomiales sont provoquées par des bactéries hautement résistantes telles que Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline ou des bactéries Gram négatives multipharmacorésistantes.
  • Des échecs thérapeutiques dus à la résistance aux traitements de dernière intention de la gonorrhée (céphalosporines de troisième génération) ont été signalés désormais dans 10 pays. Les gonococcies pourraient devenir bientôt impossibles à traiter car aucun vaccin ou nouveau médicament n’est actuellement mis au point.
  • Les patients présentant des infections dues à des bactéries résistantes aux médicaments sont généralement exposés à un risque accru d’issues cliniques fatales ou moins bonnes et consomment davantage de ressources de soins de santé que les patients infectés par les mêmes bactéries non résistantes.

Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens?

La résistance aux antimicrobiens est la résistance d’un micro-organisme à un médicament antimicrobien auquel il était jusque-là sensible.

Les micro-organismes résistants (bactéries, champignons, virus et certains parasites) peuvent résister à l’attaque des antimicrobiens tels que les antibactériens (antibiotiques, par exemple), les antifongiques, les antiviraux et les antipaludéens, de sorte que les traitements classiques deviennent inefficaces et que les infections persistent, accroissant le risque de propagation.

L’apparition de souches résistantes est un phénomène naturel qui se produit lorsque des micro-organismes se reproduisent de façon erronée ou que des caractéristiques de résistance peuvent être échangées entre certains types de bactéries. L’utilisation, à mauvais escient notamment, des antimicrobiens accélère l’apparition de souches résistantes.

De mauvaises pratiques de lutte contre l’infection, des conditions sanitaires médiocres et des pratiques inappropriées de manipulation des aliments favorisent la propagation de la résistance aux antimicrobiens.

Quelle est la différence entre résistance aux antibiotiques et résistance aux antimicrobiens?

Par résistance aux antibiotiques, on entend plus précisément la résistance de bactéries communes responsables d’infections. La résistance aux antimicrobiens est un terme plus large qui recouvre la résistance aux médicaments visant à traiter les infections provoquées par d’autres agents microbiens, tels que des parasites (le paludisme, par exemple), des virus (la tuberculose et le VIH, par exemple) et des champignons (Candida, par exemple).

En quoi la résistance aux antimicrobiens est-elle une préoccupation mondiale?

De nouveaux mécanismes de résistance apparaissent et se propagent à l’échelle mondiale, menaçant notre capacité à traiter des maladies infectieuses courantes, et entraînant des décès et des incapacités chez des personnes qui, jusqu’à récemment, auraient pu continuer à mener une vie normale.

Faute de traitement anti-infectieux efficace, beaucoup de traitements médicaux standard échoueront ou pourront devenir des actes médicaux très risqués.

La résistance aux antimicrobiens tue

Il n’est pas rare que des infections provoquées par des micro-organismes résistants ne répondent plus au traitement classique, ce qui se traduit par une maladie prolongée et un risque de mortalité accru.

Par exemple, le taux de mortalité des patients hospitalisés pour des infections graves peut être près de deux fois plus élevé que celui des patients souffrant d’infections dues à des bactéries non résistantes.

De même, des personnes infectées par Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline, autre source courante d’infections graves dans la communauté et dans les hôpitaux, auraient un risque 64% plus élevé de mortalité que les personnes atteintes d’une forme non résistante de l’infection.

Elle compromet la lutte contre les maladies infectieuses

Elle compromet l’efficacité du traitement; les patients restent contagieux plus longtemps, risquant ainsi de propager des micro organismes résistants à d’autres. Par exemple, l’émergence d’une résistance à l’artémisinine de Plasmodium falciparum dans la sous région du Grand Mékong constitue une préoccupation de santé publique urgente qui menace les efforts mondiaux de lutte contre le paludisme.

Si la tuberculose multirésistante représente une préoccupation croissante, elle reste en grande partie sous-notifiée, ce qui compromet les efforts de lutte.

Elle accroît le coût des soins de santé

Lorsque les infections deviennent résistantes aux médicaments de première intention, des traitements plus coûteux doivent être utilisés. Une plus longue durée de la maladie et du traitement, souvent dans le cadre d’une hospitalisation, accroît également les dépenses de santé et la charge financière pour les familles et la société.

Elle compromet les acquis de la société en matière de soins de santé

Les progrès de la médecine moderne sont menacés par la résistance aux antimicrobiens. Faute d’antimicrobiens efficaces pour le traitement et la prévention des infections, les taux de succès des traitements tels que les greffes d’organes, la chimiothérapie anticancéreuse et les interventions chirurgicales majeures pourraient être en danger.

Elle est susceptible de compromettre la sécurité sanitaire et de nuire à l’économie

Le développement des échanges et des voyages au niveau mondial permet aux micro-organismes résistants de se propager rapidement vers des pays et continents éloignés via l’homme ou les aliments. Les estimations montrent que la résistance aux antimicrobiens peut donner lieu à des pertes de produit intérieur brut de plus de 1% et que les coûts indirects pour la société peuvent être plus de trois fois supérieurs aux dépenses directes en soins de santé.

La résistance aux antimicrobiens touche les économies en développement davantage que celles des pays développés.

Situation actuelle

La résistance chez les bactéries

Le rapport 2014 de l’OMS sur la surveillance mondiale de la résistance aux antimicrobiens révèle que la résistance aux antibiotiques n’est plus un souci pour l’avenir; c’est une réalité partout dans le monde aujourd’hui, qui risque de compromettre notre capacité à traiter des infections courantes dans la communauté comme dans les hôpitaux.

Faute d’une action concertée d’urgence, le monde se dirige vers une ère postantibiotiques, dans laquelle des infections courantes et des blessures sans gravité qui ont pu être traitées pendant des décennies pourront recommencer à tuer.

  • Des échecs thérapeutiques du médicament de dernière intention contre la gonorrhée (céphalosporines de troisième génération) ont été confirmés dans plusieurs pays. Les gonococcies non traitables entraînent des taux accrus de morbidité et des complications comme la stérilité, une issue défavorable de la grossesse ou la cécité du nouveau-né, et risquent d’anéantir les acquis de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles.
  • La résistance à l’un des médicaments antibactériens les plus largement utilisés pour le traitement oral des infections urinaires provoquées par E. coli – les fluoroquinolones – est très répandue.
  • La résistance aux médicaments de première intention pour traiter les infections provoquées par Staphylococcus aureus – cause courante d’infections graves contractées aussi bien dans les établissements de santé que dans la communauté – est également très répandue.
  • La résistance au traitement de dernière intention d’infections potentiellement mortelles provoquées par des bactéries intestinales courantes – des antibiotiques, les carbapénèmes – s’est étendue à toutes les régions du monde. Des outils essentiels pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, tels que des systèmes de base pour surveiller ce problème, font apparaître des lacunes considérables. Dans de nombreux pays, ils n’existent apparemment même pas.

Tuberculose

En 2012, on estimait le nombre de nouveaux cas de tuberculose multirésistante dans le monde à 450 000. Au niveau mondial, 6% de ces nouveaux cas de tuberculose et 20% des cas de tuberculose précédemment traités seraient des cas multirésistants, avec des différences importantes de la fréquence de la tuberculose multirésistante entre les pays.

La tuberculose ultrarésistante (tuberculose-UR, définie comme une tuberculose-MR plus une résistance à tous les fluoroquinolones et tous les médicaments injectables de deuxième intention) a été identifiée dans 92 pays dans toutes les régions du monde.

Pourcentage de nouveaux cas de tuberculose-MR - en anglais


Pourcentage de cas de tuberculose précédemment traités atteints de tuberculose multirésistante – en anglais


Paludisme

La surveillance systématique de l’efficacité thérapeutique est essentielle pour orienter et adapter les politiques de traitement. Elle peut également aider à détecter tout changement précoce dans la sensibilité de P. falciparumaux antipaludéens.

Lieux de résistance présumée ou confirmée à l’artémisinine dans la sous-région du Grand Mékong (2006-2013) – en anglais


VIH

La résistance est une préoccupation émergente dans le traitement de l’infection à VIH, suite à l’élargissement rapide de l’accès aux médicaments antirétroviraux ces dernières années; des enquêtes nationales sont en cours pour détecter et surveiller la résistance.

Fin 2011, plus de 8 millions de personnes recevaient un traitement antirétroviral contre le VIH dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Même si de bonnes pratiques programmatiques permettent de la maintenir à un minimum, on s’attend à ce qu’une résistance aux médicaments utilisés pour traiter le VIH apparaisse.

L’analyse des données provenant des enquêtes OMS visant les personnes ayant été récemment infectées par le VIH indique des niveaux croissants de résistance à la classe des inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI) utilisés pour traiter le VIH. Cette augmentation est particulièrement remarquable en Afrique, où la prévalence de la résistance aux INTI a atteint 3,4% (IC 95%, 1,8-5,2%) en 2009.

On n’a pas clairement établi que la résistance à d’autres classes de médicaments anti-VIH augmente. Sur 72 études de la résistance transmise du VIH aux médicaments conduites entre 2004 et 2010, 20 (28%) ont été classées comme entraînant une prévalence modérée (entre 5% et 15%) de la résistance.

Les données disponibles suggèrent une association entre des niveaux plus élevés de couverture du traitement antirétroviral et des niveaux accrus de résistance du VIH aux médicaments.

Grippe

Depuis 10 ans, les médicaments antiviraux sont devenus des outils importants dans le traitement de la grippe épidémique et pandémique. Plusieurs pays ont mis au point des orientations nationales concernant leur utilisation et ont stocké des médicaments pour se préparer à une pandémie. La nature en constante évolution de la grippe signifie que la résistance aux antiviraux évolue continuellement.

En 2012, pratiquement tous les virus grippaux A en circulation chez l’homme étaient résistants aux médicaments fréquemment utilisés pour la prévention de la grippe (amantadine et rimantadine), tandis que la fréquence de la résistance à l’oseltamivir, inhibiteur de la neuraminidase, reste faible (1-2%). La sensibilité aux antiviraux est suivie de près dans le cadre du Système mondial OMS de surveillance et d’action.

Qu’est-ce qui accélère l’émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens?

Le développement d’une résistance aux antimicrobiens est un phénomène naturel. Cependant, certaines actions humaines accélèrent en réalité l’émergence et la propagation de celle-ci.

L’utilisation inappropriée des antimicrobiens, notamment dans l’élevage, favorise l’émergence et la sélection de souches résistantes, et les mauvaises pratiques de lutte contre l’infection contribuent aussi à l’émergence et à la propagation de la résistance aux antimicrobiens.

Nécessité de mesures concertées

La résistance aux antimicrobiens est un problème complexe dû à de nombreux facteurs liés entre eux. À elles seules, les interventions uniques et isolées n’ont que peu d’impact. Une action coordonnée s’impose pour maintenir au minimum l’émergence et la propagation de cette résistance.

Chacun peut aider à lutter contre la résistance:

  • en utilisant les antibiotiques uniquement lorsqu’ils sont prescrits par des professionnels de santé qualifiés;
  • en suivant le traitement jusqu’au bout même si son état s’améliore;
  • en ne donnant jamais à une autre personne des antibiotiques prescrits pour soi et en n’utilisant pas un reste de médicaments prescrits à une autre occasion.

Les agents de santé et les pharmaciens peuvent aider à lutter contre la résistance:

  • en renforçant la lutte contre l’infection;
  • en prescrivant et en délivrant des antibiotiques uniquement lorsqu’ils sont vraiment nécessaires;
  • en prescrivant et en délivrant le bon antibiotique pour traiter la maladie.

Les décideurs politiques peuvent aider à lutter contre la résistance:

  • en renforçant la surveillance de celle-ci et les moyens de laboratoire;
  • en renforçant la lutte contre l’infection;
  • en réglementant et en encourageant l’usage approprié des médicaments;
  • en favorisant la coopération et l’échange d’informations entre toutes les parties prenantes.

Les décideurs politiques, les chercheurs et l’industrie peuvent aider à lutter contre la résistance:

  • en favorisant l’innovation et la recherche-développement de nouveaux vaccins, outils diagnostiques, options de traitement de l’infection et autres outils.

L’action de l’OMS

L’OMS collabore avec ses partenaires dans de nombreux secteurs afin de définir des stratégies et des mesures pour atténuer la résistance aux antimicrobiens.

Elle travaille déjà étroitement avec l’Organisation mondiale pour la Santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) afin de promouvoir les meilleures pratiques pour éviter l’émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens, et notamment l’utilisation optimale des antibiotiques tant chez l’homme que chez l’animal.

En 2011, le thème de la Journée mondiale de la Santé était «Résistance aux antimicrobiens – pas d’action aujourd’hui, pas de guérison demain», et un ensemble de six mesures a été publié pour aider les pays à combattre la résistance aux antimicrobiens.

En 2014, l’OMS a publié le premier rapport mondial sur la surveillance de la résistance aux antimicrobiens qui contient des données fournies par 114 pays.

L’OMS oriente l’action face à la résistance aux antimicrobiens:

  • en favorisant la prise de mesures coordonnées par toutes les parties prenantes;
  • en renforçant la gestion et les plans nationaux de lutte contre la résistance aux antimicrobiens;
  • en élaborant des recommandations et en fournissant un soutien technique aux États Membres;
  • en encourageant activement l’innovation et la recherche développement.
Partager

Pour plus d'informations:

WHO Media centre
Téléphone: +41 22 791 2222
Courriel: mediainquiries@who.int