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Vieillissement et santé

Aide-mémoire N°404
Septembre 2015


Principaux faits

  • Entre 2015 et 2050, la proportion des 60 ans et plus dans la population mondiale va presque doubler, passant de 12% à 22%.
  • D’ici à 2020, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus va dépasser celui des enfants de moins de 5 ans.
  • En 2050, 80% des personnes âgées vivront dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
  • Le vieillissement de la population est bien plus rapide que dans le passé.
  • Tous les pays doivent relever des défis majeurs pour préparer leurs systèmes sociaux et de santé à tirer le meilleur parti de cette mutation démographique.

Partout dans le monde, les gens vivent plus longtemps. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire, la plupart des gens ont une espérance de vie supérieure à 60 ans. D’ici à 2050, on s’attend à ce que la population mondiale âgée de 60 ans et plus atteigne 2 milliards de personnes, contre 900 millions en 2015.

Aujourd’hui, 125 millions de personnes sont âgées de 80 ans et plus. D’ici à 2050, la Chine à elle seule en comptera presque autant (120 millions) et il y aura dans le monde 434 millions de personnes de cette tranche d’âge. En 2050, 80% des personnes âgées vivront dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Le vieillissement de la population s’accélère également fortement à l’échelle planétaire. Par exemple, alors que la France a eu presque 150 ans pour s’adapter à l’augmentation de la part des 60 ans et plus dans la population (laquelle est passée de 10% à 20% sur cette période), le Brésil, la Chine et l’Inde n’auront qu’un peu plus de 20 ans pour le faire.

Même si cette mutation dans la répartition de la population des pays en faveur des tranches les plus âgées – ce qu’on appelle le vieillissement de la population – a commencé dans les pays à revenu élevé (au Japon, par exemple, 30% de la population a déjà plus de 60 ans), ce sont maintenant les pays à revenu faible ou intermédiaire qui connaissent les plus grands changements. Dans de nombreux pays (comme le Chili, la Chine, la Fédération de Russie et la République islamique d’Iran), la part des personnes âgées dans la population sera, d’ici à 2050, semblable à ce qu’elle est au Japon.

L’allongement de la vie ouvre des possibilités, non seulement pour les personnes âgées et leur famille, mais aussi pour la société dans son ensemble. Ces années supplémentaires sont l’occasion de se lancer dans de nouvelles activités, par exemple une formation complémentaire, une nouvelle carrière ou une passion longtemps négligée. Les personnes âgées apportent également des contributions très variées à leur famille et communauté. Néanmoins, l’ampleur de ces possibilités et contributions est largement tributaire d’un facteur: la santé.

On ne peut pas cependant affirmer clairement que les personnes âgées vivent leurs dernières années en meilleure santé que leurs parents. Même si, ces 30 dernières années, les taux de handicap grave ont baissé dans les pays à revenu élevé, il n’y a eu aucun changement significatif pour le handicap léger ou modéré.

Si les gens vivent ces années supplémentaires en bonne santé et dans un environnement favorable, leur capacité à faire ce qu’ils apprécient sera assez semblable à celle des jeunes. Si, au contraire, ces années sont marquées par une diminution des capacités physiques et mentales, les conséquences pour les personnes âgées et pour la société seront plus négatives.

Comprendre le vieillissement

Du point de vue biologique, le vieillissement est le produit de l’accumulation d’un vaste éventail de dommages moléculaires et cellulaires au fil du temps. Celle ci entraîne une dégradation progressive des capacités physiques et mentales, une majoration du risque de maladie et, enfin, le décès.

Mais ces changements ne sont pas linéaires, ne répondent pas à une logique claire et n’ont que peu de rapport avec l’âge de la personne en années. Alors qu’à 70 ans, certaines personnes jouissent encore d’une très bonne santé et de solides capacités fonctionnelles, d’autres, au même âge, sont fragiles et ont besoin de beaucoup d’aide.

Au delà des changements biologiques, le vieillissement est aussi associé à d’autres transitions de vie comme le départ en retraite, la réinstallation dans un logement plus adapté et le décès des amis ou du partenaire. Pour mener une action de santé publique face au vieillissement, il faut employer des approches qui non seulement réduisent les pertes associées au vieillissement, mais aussi renforcent le rétablissement, l’adaptation et le développement psychosocial.

Problèmes de santé généralement associés au vieillissement

Le déficit auditif, la cataracte et les défauts de réfraction, les lombalgies et cervicalgies, l’arthrose, la broncho pneumopathie chronique obstructive, le diabète, la dépression et la démence sont des problèmes de santé courants chez les personnes âgées. En outre, à mesure qu’ils prennent de l’âge, les gens risquent davantage de souffrir simultanément de plusieurs problèmes de santé.

La vieillesse se caractérise également par l’apparition de plusieurs états de santé complexes qui ne surviennent généralement que tard dans la vie et ne constituent pas des catégories de maladie distinctes. C’est ce qu’on appelle couramment les syndromes gériatriques. Ceux ci, parmi lesquels figurent la fragilité, l’incontinence urinaire, les chutes, les délires et les escarres, découlent souvent de plusieurs facteurs sous jacents.

Les syndromes gériatriques sont de meilleurs indicateurs prédictifs de la mortalité que la présence de certaines maladies ou leur nombre. Néanmoins, à l’exception des pays qui ont développé la gériatrie en tant que spécialité médicale, les services de santé traditionnels et la recherche épidémiologique les négligent bien souvent.

Facteurs influant sur le vieillissement en bonne santé

Même si certaines différences observées dans l’état de santé des aînés sont d’ordre génétique, la plupart d’entre elles s’expliquent par l’environnement physique et social (notamment le logement, le quartier et les communautés où ces personnes vivent) ainsi que par les caractéristiques personnelles (comme le sexe, l’appartenance ethnique ou la situation socio économique).

Ces facteurs commencent très tôt à influencer le processus de vieillissement ultérieur. L’environnement dans lequel vit l’enfant, voire celui dans lequel le fœtus se développe, couplé aux caractéristiques personnelles, a des effets à long terme sur la manière dont cette personne vieillira.

L’environnement influence également fortement l’adoption et le maintien de comportements sains. Le fait de conserver des comportements sains tout au long de la vie, en particulier d’avoir un régime équilibré, de pratiquer une activité physique régulière et de ne pas consommer du tabac, contribue à réduire le risque de maladies non transmissibles et à améliorer les capacités physiques et mentales.

Les comportements demeurent importants à un âge avancé. Des exercices visant à entretenir la masse musculaire et une bonne nutrition peuvent aider à préserver les fonctions cognitives, à retarder la dépendance pour les soins et à inverser le processus de fragilisation.

Les environnements favorables sont ceux qui permettent aux gens de faire ce qu’ils apprécient malgré les pertes de capacité, par exemple des bâtiments publics et transports publics sûrs et accessibles ou des lieux où il est facile de se déplacer à pied.

Défis rencontrés face au vieillissement de la population

Diversité

Il n’existe pas de personne âgée «type». Certains possèdent, à 80 ans, des capacités physiques et mentales comparables à nombre de personnes dans la vingtaine. D’autres les voient décliner fortement alors qu’ils sont bien plus jeunes. Une action de santé publique globale est nécessaire pour prendre en compte la grande diversité d’expériences et de besoins des personnes âgées.

Inégalités de santé

La diversité observée à un âge avancé n’est pas le fruit du hasard. Elle tient en grande partie à l’influence que les environnements physique et social exercent sur les possibilités auxquelles les gens ont accès et sur leur comportement en matière de santé. Les rapports que nous entretenons avec notre environnement sont largement fonction de nos caractéristiques personnelles, comme la famille dans laquelle nous sommes nés, notre sexe et notre appartenance ethnique, ce qui engendre des inégalités de santé. Une part importante de la diversité à un âge avancé s’explique par l’impact cumulatif de ces inégalités de santé tout au long de la vie. Les politiques de santé publique doivent viser à réduire ces inégalités plutôt qu’à les accroître.

Stéréotypes dépassés

On part souvent du principe que les personnes âgées sont fragiles ou dépendantes et constituent une charge pour la société. Les acteurs de la santé publique et la société dans son ensemble doivent agir face à ce comportement et aux autres attitudes âgistes qui peuvent entraîner des discriminations, affecter l’élaboration des politiques et la possibilité donnée aux aînés de vieillir en bonne santé.

Un monde en rapide évolution

La mondialisation, les avancées technologiques (par exemple en matière de transport et de communication), l’urbanisation, les migrations et l’évolution des normes sexuelles influencent directement et indirectement la vie des personnes âgées. Par exemple, même si le nombre de générations survivantes a augmenté dans les familles, celles ci vivent davantage séparément que dans le passé. Toute action de santé publique doit tenir compte des tendances actuelles et de leur évolution future et les politiques doivent être élaborées en fonction.

Action de l’OMS

Conformément à une récente décision de l’Assemblée mondiale de la Santé (WHA67(13)), l’OMS élabore actuellement une stratégie et un plan d’action mondiaux sur le vieillissement et la santé en consultation avec les États Membres et d’autres partenaires. La stratégie et le plan d’action s’appuient sur les données du rapport mondial sur le vieillissement et la santé et mettent à profit les activités existantes pour intervenir dans cinq domaines d’action prioritaires.

  • Engagement en faveur du vieillissement en bonne santé Cela suppose d’avoir conscience de l’utilité de cette démarche et de s’engager à agir durablement pour formuler des politiques à bases factuelles qui renforcent les capacités des personnes âgées.
  • Alignement des systèmes de santé sur les besoins des personnes âgées Les systèmes de santé doivent être organisés autour des besoins et des préférences des personnes âgées, conçus de manière à renforcer les capacités intrinsèques des aînés et intégrés par delà les contextes et les prestataires de soins. Les mesures dans ce domaine sont en lien étroit avec les autres travaux menés à l’échelle de l’Organisation pour renforcer l’universalité des soins de santé et faire en sorte que les services de santé soient davantage centrés sur la personne et intégrés.
  • Développement de systèmes pour les soins de longue durée Des systèmes de soins de longue durée sont nécessaires dans tous les pays pour répondre aux besoins des personnes âgées. Cela nécessite de mettre en place des systèmes de gouvernance, des infrastructures et des moyens humains, parfois en partant de rien. Les travaux de l’OMS en matière de soins de longue durée (y compris les soins palliatifs) sont étroitement liés aux efforts visant à étendre la couverture sanitaire universelle, à combattre les maladies non transmissibles et à mettre en place des services de santé centrés sur la personne et intégrés.
  • Création d’environnements adaptés aux personnes âgées Cela nécessitera d’agir pour combattre l’âgisme, favoriser l’autonomie et soutenir l’intégration du vieillissement en bonne santé dans toutes les politiques et à tous les niveaux du gouvernement. Ces activités complètent les activités menées par l’OMS au cours des 10 dernières années pour mettre en place des villes et des communautés amies des aînés, y compris la mise sur pied du Réseau mondial des villes et des communautés amies des aînés et d’une plateforme interactive d’échange d’informations, Age friendly World.
  • Amélioration de l’évaluation, du suivi et de la compréhension. . Des recherches ciblées, de nouveaux indicateurs et de nouvelles méthodes d’analyse sont nécessaires pour un vaste éventail de problèmes de vieillissement. Ces activités s’appuient sur les vastes travaux que l’OMS a menés pour améliorer les statistiques et les informations sanitaires, par exemple au moyen de son étude sur le vieillissement et la santé des adultes dans le monde (SAGE).