Principaux faits
- En 2020, près de 800 femmes par jour sont mortes de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement.
- Un décès maternel est survenu presque toutes les deux minutes en 2020.
- Entre 2000 et 2020, le taux de mortalité maternelle (le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes) a baissé d’environ 34 % dans le monde.
- Près de 95 % des décès maternels sont survenus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en 2020.
- Les soins prodigués par des professionnels de santé qualifiés avant, pendant et après l’accouchement permettent de sauver des femmes et des nouveau-nés.
Vue d’ensemble
La mortalité maternelle atteint des niveaux inacceptables. Environ 287 000 femmes sont décédées pendant ou après une grossesse ou un accouchement en 2020. Près de 95 % des décès maternels, dont la plupart auraient pu être évités, sont survenus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en 2020.
On utilise ici le découpage en régions et sous-régions (en anglais) établi aux fins des objectifs de développement durable. On estime qu’en 2020, environ 87 % (253 000) des décès maternels dans le monde sont survenus en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Environ 70 % des décès maternels (202 000) sont survenus en Afrique subsaharienne, tandis que 16 % environ (47 000) sont survenus en Asie du Sud.
Parallèlement, entre 2000 et 2020, l’Europe de l’Est et l’Asie du Sud ont enregistré le plus fort recul global du taux de mortalité maternelle. Il a baissé de 70 % (passant de 38 à 11) en Europe de l’Est et de 67 % (passant de 408 à 134) en Asie du Sud. En Afrique subasaharinne, le taux de mortalité maternelle est resté très élevé en 2020, mais il a néanmoins baissé de 33 % par rapport à 2000. Au cours de cette période, le taux de mortalité maternelle a baissé de moitié environ dans quatre des sous-régions définies aux fins des ODD : l’Afrique de l’Est, l’Asie centrale, l’Asie de l’Est et l’Afrique du Nord. En Europe occidentale, le taux de mortalité maternelle a baissé d’environ un tiers. Dans l’ensemble, le taux de mortalité maternelle dans les pays les moins avancés* a baissé d’un peu moins de 50 %. Dans les pays en développement sans littoral, le taux de mortalité maternelle a diminué de 50 % (passant de 729 à 368). Dans les petits États insulaires en développement, le taux de mortalité maternelle a diminué de 19 % (passant de 254 à 206).
* Pour plus d’informations sur les pays considérés comme appartenant au groupe des « pays les moins avancés », prière de se reporter aux Codes standard des pays et des zones à usage statistique (M49) disponibles à l’adresse suivante : https://unstats.un.org/unsd/methodology/m49/.
Où surviennent les décès maternels ?
Le grand nombre de décès maternels survenant dans certaines régions reflète les inégalités d’accès à des services de santé de qualité et met en évidence le fossé entre riches et pauvres. En 2020, le taux de mortalité maternelle dans les pays à revenu faible était de 430 pour 100 000 naissances vivantes, contre 12 pour 100 000 naissances vivantes dans les pays à revenu élevé.
Les crises humanitaires, les conflits et les situations d’après-conflit empêchent la mortalité maternelle de baisser. En 2020, selon l’indice des États fragiles (1), neuf pays étaient « en état d’alerte très élevée » ou « en état d’alerte élevée » (par ordre décroissant : Yémen, Somalie, Soudan du Sud, République arabe syrienne, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Tchad, Soudan et Afghanistan) ; dans ces pays, les taux de mortalité maternelle étaient compris entre 30 (en République arabe syrienne) et 1223 (au Soudan du Sud) en 2020. En 2020, le taux moyen de mortalité maternelle pour les États fragiles en état d’alerte très élevée ou élevée était de 551 pour 100 000, soit plus du double de la moyenne mondiale.
Le risque vie entière de décès maternel est plus élevé dans les pays à revenu faible. Le risque vie entière de décès maternel est la probabilité qu’une femme, dès l’âge de 15 ans, décède d’une cause maternelle. Dans les pays à revenu élevé, ce risque est de 1 sur 5300, contre 1 sur 49 dans les pays à revenu faible.
Quelles sont les causes de mortalité maternelle ?
Les femmes meurent à la suite de complications pendant et après la grossesse et l’accouchement. La plupart de ces complications surviennent pendant la grossesse et peuvent, le plus souvent, être évitées ou traitées. D’autres complications apparaissent parfois avant la grossesse mais sont aggravées pendant la grossesse, surtout si elles ne sont pas prises en charge. Les principales complications, responsables de près de 75 % des décès maternels, sont les suivantes (2) :
- hémorragies graves (principalement après l’accouchement) ;
- infections (généralement après l’accouchement) ;
- hypertension artérielle pendant la grossesse (prééclampsie et éclampsie) ;
- complications de l’accouchement ; et
- avortement non sécurisé.
Comment éviter les décès maternels ?
Pour éviter les décès maternels, il est essentiel de prévenir les grossesses non désirées. Toutes les femmes, y compris les adolescentes, doivent avoir accès à la contraception, à des services d’avortement sécurisé dans le respect de la loi et à des soins de qualité après un avortement.
Il est possible d’éviter la plupart des décès maternels, car les soins à prodiguer pour prévenir ou prendre en charge les complications sont bien connus. Toutes les femmes doivent avoir accès à des soins de qualité pendant la grossesse, au moment de l’accouchement et après. La santé de la mère et celle du nouveau-né sont étroitement liées. Il est particulièrement important que tous les accouchements aient lieu en présence de professionnels de santé qualifiés, car la qualité de la prise en charge et du traitement est parfois une question de vie ou de mort pour les femmes et les nouveau-nés.
Une hémorragie grave après l’accouchement peut être mortelle en quelques heures pour une femme en bonne santé laissée sans surveillance. L’injection d’ocytociques immédiatement après l’accouchement réduit efficacement le risque d’hémorragie.
Il est possible d’éliminer une infection après un accouchement en appliquant de bonnes règles d’hygiène et en repérant et en traitant rapidement les premiers signes d’infection.
La prééclampsie doit être détectée et prise en charge de manière appropriée avant l’apparition de convulsions (éclampsie) et d’autres complications potentiellement mortelles. L’administration de médicaments tels que le sulfate de magnésium peut réduire le risque de survenue d’une éclampsie.
Pourquoi les femmes ne bénéficient-elles pas des soins dont elles ont besoin ?
Les femmes pauvres habitant des régions reculées sont les moins susceptibles de bénéficier de soins de santé adéquats (3). Ceci est particulièrement vrai pour les régions définies aux fins des ODD où les soignants qualifiés sont relativement peu nombreux, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.
Selon les dernières données disponibles, dans la plupart des pays à revenu élevé ou à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, environ 99 % des accouchements ont lieu en présence d’une sage-femme, d’un médecin ou de personnel infirmier qualifié. Cependant, seuls 68 % des accouchements dans les pays à revenu faible, et 78 % dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, ont lieu avec l’aide de personnel de santé qualifié (4).
Les facteurs qui empêchent les femmes de recevoir ou de demander des soins pendant la grossesse et l’accouchement sont les suivants :
- les défaillances du système de santé qui se traduisent par i) une mauvaise qualité des soins, y compris un manque de respect et de la maltraitance ; ii) le nombre insuffisant et la mauvaise formation des agents ; iii) les pénuries de fournitures médicales essentielles ; et iv) le peu de responsabilisation des systèmes de santé ;
- les déterminants sociaux, y compris le revenu, l’accès à l’éducation, la race et l’origine ethnique, qui exposent certaines sous-populations à un risque accru ;
- les normes en matière de genre et/ou les inégalités préjudiciables entre les genres, en raison desquelles les droits des femmes et des filles, y compris leur droit à des services de santé sexuelle et reproductive sûrs, de qualité et abordables, ne sont pas considérés comme une priorité ; et
- les facteurs externes contribuant à l’instabilité et à la fragilité des systèmes de santé, tels que les crises climatiques et humanitaires.
Pour améliorer la santé maternelle, il faut repérer et lever les obstacles qui limitent l’accès à des services de santé maternelle de qualité, à la fois au niveau du système de santé et de la société.
Quelles ont été les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur la mortalité maternelle ?
Il ressort clairement des données que la stagnation de la mortalité maternelle est antérieure à la pandémie de COVID-19, qui a débuté en 2020. La pandémie de COVID-19 a peut-être contribué à l’absence de progrès, mais elle n’explique pas tout.
Deux mécanismes ont pu avoir un effet sur la mortalité maternelle pendant la pandémie de COVID-19 : les décès de femmes dus à l’interaction entre l’état de grossesse et la COVID-19 (décès par cause obstétricale indirecte), ou les décès consécutifs à des complications de la grossesse qui n’ont pu être évitées ou prises en charge en raison de la perturbation des services de santé.
Les données actuellement disponibles ne permettent pas d’évaluer de manière fiable, au niveau mondial, l’impact de la COVID-19 sur la mortalité maternelle : seuls 20 % environ des pays et territoires ont jusqu’à présent communiqué des données empiriques sur la mortalité maternelle en 2020, et les populations à revenu élevé et/ou relativement plus petites sont surreprésentées dans ce groupe et les résultats sont donc difficilement généralisables.
Les estimations actuelles ne vont que jusqu’à 2020. Comme les données sont limitées, ces estimations devraient être révisées dans les mises à jour futures.
Objectifs de développement durable et mortalité maternelle
Dans le contexte des objectifs de développement durable (ODD), les pays ont convenu de faire baisser plus vite la mortalité maternelle d’ici à 2030. L’ODD 3 comprend une cible ambitieuse : « D’ici à 2030, faire passer le taux mondial de mortalité maternelle au-dessous de 70 pour 100 000 naissances vivantes, sans que le taux de mortalité maternelle ne soit supérieur au double de la moyenne mondiale dans aucun pays ».
Le taux de mortalité maternelle mondial en 2020 était de 223 pour 100 000 naissances vivantes ; pour atteindre un taux de mortalité maternelle mondial inférieur à 70 d’ici à 2030, la baisse devra être de 11,6 % par an, ce qui a rarement été atteint au niveau national. Cependant, on dispose de connaissances scientifiques et médicales pour prévenir la plupart des décès maternels. Alors qu’il reste 10 ans pour atteindre les ODD, le moment est venu de renforcer la coordination et de mobiliser et relancer les engagements mondiaux, régionaux, nationaux et communautaires pour mettre fin aux décès maternels évitables.
Action de l’OMS
L’amélioration de la santé maternelle est l’une des principales priorités de l’OMS. L’OMS s’emploie à contribuer au recul de la mortalité maternelle en proposant davantage de données issues de la recherche, en fournissant des orientations cliniques et programmatiques fondées sur des données probantes, en établissant des normes mondiales et en fournissant un appui technique aux États Membres pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et de programmes efficaces.
Comme indiqué dans les documents Strategies toward ending preventable maternal mortality (EPMM) et Ending preventable maternal mortalité : a renewed focus for improving maternal and newborn health and well-being, l’OMS collabore avec ses partenaires pour aider les pays à :
- combattre les inégalités vis-à-vis de l’accès aux services de soins de santé reproductive et de soins de la mère et du nouveau-né et de leur qualité ;
- assurer la couverture sanitaire universelle pour des soins complets de santé sexuelle, reproductive, maternelle et néonatale ;
- lutter contre toutes les causes de mortalité maternelle, de morbidité maternelle et reproductive, et d’incapacités connexes ;
- renforcer les systèmes de santé pour collecter des données de qualité afin de répondre aux besoins et aux priorités des femmes et des filles ; et
- veiller à la responsabilisation pour améliorer la qualité des soins et l’équité.
(1) Fragile States Index. Disponible à l’adresse : https://fragilestatesindex.org/data/ (en anglais)
(2) Say L, Chou D, Gemmill A et al. Global Causes of Maternal Death: A WHO Systematic Analysis. Lancet Global Health. 2014;2(6): e323-e333.
(3) Samuel O, Zewotir T, North D. Decomposing the urban–rural inequalities in the utilisation of maternal health care services: evidence from 27 selected countries in sub-Saharan Africa. Reprod Health 18, 216 (2021).
(4) Organisation mondiale de la Santé et Fonds des Nations Unies pour l’enfance. WHO/UNICEF joint database on SDG 3.1.2 Skilled Attendance at Birth. Disponible à l’adresse https://unstats.un.org/sdgs/indicators/database/ (en anglais)