Soins oculaires, déficience visuelle et cécité : défauts de réfraction
11 février 2026 | Questions & réponses
Un défaut de réfraction est une affection oculaire très courante. En raison d’une anomalie dans la forme ou la longueur de l’œil, la lumière ne se focalise pas sur la rétine, ce qui entraîne une vision floue. Il existe plusieurs types de défaut de réfraction :
- la myopie : difficulté à voir clairement les objets éloignés ;
- l’hypermétropie : difficulté à voir clairement les objets proches ;
- l’astigmatisme : vision déformée résultant d’une courbure irrégulière de la cornée ou du cristallin, qui entraîne une difficulté à voir clairement les objets éloignés et proches ; et
- la presbytie : difficulté à voir les objets de près qui apparaît presque systématiquement avec l’âge (à partir de 40 ans).
Les défauts de réfraction non corrigés sont la principale cause de déficience visuelle chez l’enfant et l’adulte. S’il n’est pas corrigé, un défaut de réfraction a de lourdes répercussions sur le bien-être et peut entraîner de mauvais résultats scolaires chez les enfants, limiter la vie active et conduire à une perte de productivité chez les adultes qui travaillent, et être source d’isolement social chez les personnes âgées.
À l’échelle mondiale, on estime que seulement 36 % des personnes atteintes d’une déficience de la vision de loin due à un défaut de réfraction ont accès à des lunettes. En outre, plus de 800 millions de personnes souffrent d’une déficience de la vision de près (presbytie) qui pourrait être traitée à l’aide d’une paire de lunettes de lecture.
Pour compliquer encore la situation, le nombre de personnes nécessitant des soins pour défaut de réfraction devrait considérablement augmenter au cours des 10 prochaines années. La presbytie, qui devrait représenter 2,1 milliards de cas d’ici à 2030, fait partie du processus naturel de vieillissement. En parallèle, la myopie devrait se développer, avec 3,36 milliards de cas estimés d’ici à 2030, en grande partie à cause de facteurs de risque modifiables liés au mode de vie.
La perte visuelle due à un défaut de réfraction peut être entièrement corrigée à l’aide de lunettes ou de lentilles de contact appropriées, ou être traitée par chirurgie laser. Les lunettes sont sans aucun doute l’intervention la plus couramment utilisée dans le monde pour traiter un défaut de réfraction. Il s’agit d’une aide technique non invasive qui fait partie de la liste des produits et aides techniques prioritaires et des listes de dispositifs médicaux prioritaires de l’OMS.
Si la presbytie, l’hypermétropie et l’astigmatisme ne sont pas évitables, il existe des stratégies qui peuvent contribuer à retarder l’apparition de la myopie et à ralentir sa progression chez l’enfant. Il s’agit notamment de passer au moins 90 minutes à l’extérieur pendant la journée, de faire régulièrement des pauses lors des activités en vision rapprochée et de porter systématiquement les lunettes ou autres interventions optiques prescrites. La mise en œuvre de ces mesures peut réduire le risque de développer une myopie avancée et les complications qu’elle entraîne plus tard dans la vie.
Malgré la disponibilité d’interventions simples pour corriger la vision, comme une paire de lunettes, il existe plusieurs défis à relever pour développer les services de correction des défauts de réfraction. Premièrement, la charge que représentent les défauts de réfraction non corrigés est souvent plus lourde au sein des communautés ou des groupes mal desservis, notamment les populations des zones rurales, les populations à faible revenu, les femmes, les populations autochtones et les minorités ethniques. Deuxièmement, dans la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire, les services de correction des défauts de réfraction ne sont pas prioritaires dans les investissements publics et sont mal intégrés au sein des systèmes de santé. Ces services sont principalement disponibles dans le secteur privé, ce qui peut engendrer des problèmes de disponibilité, d’accessibilité et de qualité. Parmi les autres grands défis à relever, il convient de citer le manque de sensibilisation du public et la faible acceptation des lunettes, la disponibilité insuffisante de ressources humaines compétentes pour dispenser des services de correction des défauts de réfraction et prescrire des lunettes, une faible surveillance par les autorités nationales et une réglementation clinique limitée, et des points de services rares qui sont essentiellement situés dans les zones urbaines.
Les défauts de réfraction non corrigés représentent un lourd fardeau économique pour la société : chaque année, dans le monde, les pertes de productivité associées aux déficiences visuelles dues à la myopie non corrigée chez l’adulte et à la presbytie sont estimées à 244 milliards de dollars et 25,4 milliards de dollars, respectivement. En revanche, le déficit de moyens financiers pour répondre aux besoins insatisfaits en matière de correction à l’aide de lunettes est estimé à 16 milliards de dollars, soit une fraction seulement des pertes économiques subies. Le traitement des défauts de réfraction non corrigés pourrait avoir des retombées économiques positives nettes de plus de 250 milliards de dollars par an.
Il existe donc de solides raisons économiques et sanitaires d’augmenter la couverture des services de soins oculaires et l’accès aux lunettes. Par exemple, la correction de la myopie à l’aide de lunettes peut rapporter 10,50 dollars pour chaque dollar dépensé, tandis que les programmes de santé oculaire en milieu scolaire peuvent avoir un rapport coût-bénéfice allant jusqu’à 26,4 dans certains cas. En ce qui concerne la presbytie, la correction de la vision de près peut augmenter de plus de 30 % le revenu moyen et médian des personnes vivant au sein de communautés à faible revenu.
L’OMS a pris des mesures importantes pour s’attaquer au problème mondial que représentent les défauts de réfraction, au vu des vastes conséquences engendrées et sachant qu’il existe des interventions rentables. En 2021, lors de la Soixante-Quatorzième Assemblée mondiale de la Santé, les États Membres de l’OMS ont approuvé la toute première cible mondiale en la matière : augmenter de 40 points de pourcentage la couverture effective de la correction des défauts de réfraction d’ici à 2030. Cette cible ambitieuse repose sur le constat qu’il existe de nombreux besoins insatisfaits en matière de soins et qu’il est possible d’améliorer nettement la situation grâce à des interventions accessibles, comme les lunettes.
Pour aider les États Membres à atteindre la cible de 2030 approuvée par l’Assemblée mondiale de la Santé, l’OMS a lancé, en mai 2024, l’initiative SPECS 2030, une approche globale visant à remédier au problème des défauts de réfraction à l’échelle mondiale. Cette initiative mise sur une action mondiale coordonnée entre toutes les parties prenantes, axée autour de 5 piliers stratégiques (Services, Personnel, Éducation, Coût et Surveillance). En mettant l’accent sur ces domaines clés, l’initiative a pour objectif de relever les principaux défis en matière de soins de correction des défauts de réfraction, notamment améliorer l’accès aux services, développer une main-d’œuvre qualifiée, sensibiliser le public, réduire les coûts et renforcer les systèmes de collecte et de surveillance des données. Dans le cadre de l’initiative SPECS 2030, l’OMS s’efforce de stimuler l’action mondiale, de promouvoir les meilleures pratiques et d’aider les États Membres à atteindre la cible de 2030, en vue de réduire les déficiences visuelles et d’améliorer la qualité de vie de millions de personnes touchées par des défauts de réfraction non corrigés dans le monde.