Dr Victor Dzau, Mesdames et Messieurs les coprésidentes et les coprésidents,
Chers collègues et amis, chères collègues et amies,
Je remercie l’Afrique du Sud, ainsi que les coprésidentes, les coprésidents et le Secrétariat du Groupe de nous avoir à nouveau réunis.
J’ai eu le plaisir d’être parmi vous à Washington le mois dernier, et je suis ravi d’être présent en ligne aujourd’hui.
Je remercie également l’Afrique du Sud d’avoir dirigé dans la relance du Groupe indépendant de haut niveau à un moment si crucial pour la santé mondiale.
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue en février dernier, j’évoquais avec un ministre des affaires étrangères la forte hausse des dépenses allouées à la défense, annoncée par certains pays.
Il a dit : « Nous devons nous préparer au pire. »
Je lui ai répondu : « Je comprends, mais ne faut-il pas aussi se préparer à une attaque d’un ennemi invisible ? »
« Qu’entendez-vous par là ? » m’a-t-il demandé. « Quel ennemi invisible ? »
« Une pandémie. La pandémie de COVID-19 a tué environ 20 millions de personnes et a coûté plus de 10 000 milliards de dollars des États-Unis (USD) à l’économie mondiale », ai-je répondu.
Les pays dépensent des sommes colossales pour se protéger contre les attaques d’autres pays, mais relativement peu pour se protéger d’un ennemi invisible capable de faire bien plus de ravages.
Bien que la crise provoquée par la pandémie COVID-19 soit derrière nous, le virus est toujours présent, tout comme les conséquences sociales, économiques et politiques de la pandémie.
Il y a quatre ans, au plus fort de la crise, le Groupe indépendant de haut niveau a publié un rapport novateur qui a posé les bases de la préparation et de la riposte aux pandémies.
Premièrement, ce rapport a révélé un déficit annuel de financement de 10,5 milliards USD. Cette constatation a été déterminante pour le lancement du Fonds de lutte contre les pandémies en 2022.
Depuis lors – ces trois dernières années – le Fonds a accordé des subventions pour un montant de 885 millions USD dans 75 pays, ce qui a contribué à mobiliser plus de six milliards USD de ressources publiques et privées supplémentaires.
L’OMS est fière de diriger les activités techniques du Fonds de lutte contre les pandémies et d’aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre leurs propositions.
Deuxièmement, le rapport préconisait une coopération renforcée entre le secteur des finances et celui de la santé. Cela a directement contribué à la création du Groupe de travail conjoint sur le financement et la santé pendant la présidence italienne du G20 en 2021.
L’OMS reste fermement attachée à soutenir ce groupe de travail grâce à son expertise technique et en hébergeant son Secrétariat.
Le Groupe de travail continue d’élargir la collaboration entre le secteur de la santé et celui de la finance et de mettre au point des outils pour comprendre et atténuer les risques économiques que représentent les pandémies.
Des progrès importants ont également été réalisés dans d’autres domaines de la prévention, de la préparation et de la riposte face aux pandémies.
Ces dernières années, l’OMS a lancé plusieurs initiatives s’appuyant directement des enseignements tirés de la COVID-19, dont le Centre d’information de l’OMS sur les pandémies et les épidémies, à Berlin ; le Centre de transfert de technologie pour les vaccins à ARNm, en Afrique du Sud ; le Centre mondial de formation en biofabrication, en République de Corée ; le BioHub ; le Corps mondial pour l’action sanitaire d’urgence ; et le Réseau intérimaire de contre-mesures médicales.
Vous savez également que les États Membres ont adopté un ensemble d’amendements pour renforcer le Règlement sanitaire international.
Et lors de l’Assemblée mondiale de la Santé, en mai dernier, ils ont adopté l’Accord de l’OMS sur les pandémies. C’est un succès historique.
Les États Membres négocient actuellement l’annexe relative au Système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages découlant de leur utilisation – l’annexe PABS – et ces négociations devraient s’achever avant l’Assemblée mondiale de la Santé de l’année prochaine, ce qui permettrait la ratification de l’Accord sur les pandémies et son entrée en vigueur en tant que traité international.
Beaucoup a été fait, mais d’importantes difficultés demeurent. De nombreux systèmes de santé restent vulnérables.
Les pays à revenu faible ou intermédiaire sont de plus en plus endettés, ont une marge de manœuvre budgétaire réduite et sont confrontés à une baisse de l’aide au développement.
Depuis janvier, un recul important du financement externe en faveur de la santé a encore aggravé ces problèmes. Faute d’investissements rapides au niveau national, il se pourrait que des services essentiels soient réduits, voire supprimés.
Dans ce contexte, une meilleure coordination entre santé et finance n’est pas seulement bénéfique, elle est indispensable.
Nous saluons les cinq recommandations présentées par le Groupe indépendant de haut niveau : mobiliser des ressources nationales ; garantir un accès diversifié aux mesures médicales de lutte au niveau régional ; assurer un financement, même incertain, pour les achats anticipés ; obtenir un financement exceptionnel pour l’acquisition d’outils de diagnostic et d’EPI ; et renforcer le Fonds de lutte contre les pandémies.
Ce programme doit s’inscrire dans le prolongement de l’Accord de l’OMS sur les pandémies, en tenant compte concrètement des exigences financières et opérationnelles.
Nous soutenons également l’appel du Groupe à ne pas financer uniquement les vaccins. Il est impossible de riposter à une pandémie sans un accès rapide et équitable aux tests, aux traitements et aux équipements de protection individuelle.
À l’avenir, les banques multilatérales de développement auront un rôle crucial à jouer pour aider les pays à agir rapidement et équitablement.
Qu’il passe par des réserves mondiales, des achats groupés ou des plateformes régionales, notre succès doit être mesuré à l’aune de l’efficacité avec laquelle nous répondons aux besoins du dernier pays, pas seulement du premier.
Chers collègues et amis, chères collègues et amies,
Depuis trop longtemps, le monde fonctionne selon un cycle où alternent panique et désintérêt. Nous réagissons à une crise, mais une fois cette crise terminée, nous n’en tirons pas les enseignements.
Après tout, on doit toujours s’attendre à une nouvelle crise.
Nous devons briser ce cycle.
J’ai commencé par vous parler de ma conversation avec un ministre des Affaires étrangères lors de la Conférence de sécurité de Munich en février.
Ce ministre a convenu que nous devions trouver un équilibre.
Nous demandons à tous les pays de continuer à privilégier la prévention et la riposte aux pandémies.
Parce que la sécurité sanitaire est un gage de sécurité économique et de stabilité sociale.
L’OMS est prête à soutenir tous les États Membres alors qu’elle prépare la réunion de haut niveau sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies qui aura lieu l’année prochaine.
Dépêchons-nous car, comme nous le savons toutes et tous, il ne s’agit pas de savoir s’il y aura une prochaine pandémie mais quand elle aura lieu.
Je vous remercie.