Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS lors du point presse de l’ACANU – 11 décembre 2025

11 décembre 2025

Bonjour et bienvenue une fois encore à nos amis de l’ACANU. Merci de l’intérêt que vous portez aux travaux de l’OMS.

En 1998, une étude a été publiée dans The Lancet qui prétendait montrer un lien entre les vaccins et les troubles du spectre autistique.

Cette étude a été retirée lorsqu’il s’est avéré qu’elle était de nature frauduleuse, mais le mal était fait et l’idée qu’elle véhiculait n’a jamais disparu.

Aujourd’hui, l’OMS publie une nouvelle analyse du Comité consultatif mondial pour la sécurité des vaccins qui, sur la base des données probantes disponibles, conclut à l’absence de lien de causalité entre les vaccins et l’autisme.

Le Comité a examiné 31 études menées dans plusieurs pays sur une période de 15 ans et portant sur les vaccins contenant du thiomersal et des adjuvants à base d’aluminium, ainsi que sur l’association entre les vaccins et l’autisme en général.

Il est parvenu à la conclusion que les données probantes ne révèlent aucun lien entre les vaccins, y compris ceux qui contiennent de l’aluminium ou du thiomersal, et l’autisme.

C’est la quatrième fois que les données probantes ont été passées en revue, des examens similaires ayant été réalisés en 2002, en 2004 et en 2012. Tous ces examens sont arrivés à la même conclusion : les vaccins ne sont pas une cause d’autisme. Ils produisent des adultes.

Au cours des 25 dernières années, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a reculé de plus de moitié, passant de 11 millions à 4,8 millions de décès par an, et les vaccins sont la principale cause de ce recul.

Ils constituent l’une des inventions les plus puissantes et transformatrices de l’histoire de l’humanité.

Ils permettent de sauver des vies face à une trentaine de maladies différentes, dont la rougeole, le cancer du col de l’utérus, le paludisme et bien d’autres.

Comme tous les produits médicaux, les vaccins peuvent provoquer des effets secondaires, qui font l’objet d’un suivi par l’OMS. Mais l’autisme n’est pas un effet secondaire des vaccins.

Les vaccins sont essentiels, non seulement pour protéger les enfants, mais aussi pour protéger les adultes contre des maladies comme la COVID-19 ou la grippe.

La grippe saisonnière sévit actuellement dans l’hémisphère Nord, comme chaque année.

Bien que le niveau d’activité grippale à l’échelle mondiale se situe dans les limites normales, depuis le mois d’août, l’OMS observe l’émergence de virus appartenant au sous-clade K de la grippe H3N2 et une augmentation rapide de la circulation de ces virus.

Les données ne montrent pas d’augmentation de la gravité de la maladie, toutefois ce sous-clade marque une évolution notable des virus H3N2.

Les vaccins demeurent essentiels, en particulier pour les personnes qui présentent un risque élevé de complications liées à la grippe et les personnes chargées de leurs soins.

Il en va de même pour la COVID-19. Bien que l’impact de celle-ci à l’échelle mondiale ait diminué depuis le pic de la pandémie, le virus continue de se propager, provoquant des formes graves de la maladie et des décès chez les groupes à haut risque, ainsi que l’affection post-COVID-19, ou « COVID de longue durée », qui touche environ 6 % des personnes infectées.

Le virus continue également d’évoluer. La semaine dernière, l’OMS a désigné un nouveau variant sous surveillance, le BA.3.2, et a publié une nouvelle évaluation des risques.

Elle a également publié la semaine dernière un nouveau plan stratégique concernant les menaces liées aux maladies à coronavirus comme la COVID-19, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, ou encore de potentielles nouvelles maladies à coronavirus.

Il s’agit du premier plan unifié portant sur les menaces liées aux maladies à coronavirus, qui marque un tournant dans le passage d’une riposte d’urgence à une gestion durable, à long terme et intégrée de la COVID-19.

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La vaccination est l’un des services de santé essentiels qui devraient être couverts dans le cadre du parcours de chaque pays sur la voie de la couverture sanitaire universelle, la CSU.

Samedi dernier, l’OMS et la Banque mondiale ont publié la dernière édition du Rapport mondial de suivi de la couverture sanitaire universelle, qui offre un aperçu des progrès réalisés dans ce domaine.

Il en ressort que des progrès satisfaisants ont été réalisés depuis 2000 dans le monde, les niveaux d’accès aux services de santé et de protection financière contre les dépenses de santé directes s’étant améliorés d’un tiers environ.

Cependant, les progrès ont stagné ces dernières années.

Les dernières données disponibles montrent que 4,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès aux services de santé essentiels, et que 2,1 milliards de personnes, soit plus d’un quart de la population mondiale, sont confrontées à des difficultés financières en raison de leurs frais de santé.

Demain aura lieu la Journée de la couverture sanitaire universelle. L’OMS intervient dans de nombreux pays du monde pour les aider à élargir l’accès aux services et à réduire les difficultés financières liées aux dépenses de santé directes.

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Comme vous le savez, 2025 a été une année de réalisations majeures, mais aussi de défis importants pour l’OMS et la santé mondiale de manière générale.

La réalisation la plus marquante de l’année a été l’adoption, par l’Assemblée mondiale de la Santé, de l’Accord de l’OMS sur les pandémies – un exploit historique qui contribuera à protéger le monde contre les futures pandémies.

Les États Membres négocient actuellement une annexe à l’Accord sur les pandémies, le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages découlant de leur utilisation (PABS), afin de garantir la détection rapide et le partage des agents pathogènes à potentiel pandémique, ainsi qu’un accès équitable et rapide aux vaccins, aux traitements et aux outils de diagnostic.

Nous avons bon espoir que les négociations aboutissent à temps pour que l’annexe sur le PABS puisse être adoptée lors de l’Assemblée mondiale de la Santé de l’année prochaine, de manière à ce que l’Accord sur les pandémies puisse être ouvert à la signature et entrer en vigueur dans le cadre du droit international.

Cette année a également vu l’entrée en vigueur des amendements au Règlement sanitaire international, qui permettent de renforcer la sécurité sanitaire mondiale de plusieurs manières.

Par ailleurs, en 2025, l’élimination de différentes maladies a été confirmée dans plusieurs pays.

Avec le soutien de l’OMS, les Maldives sont devenues le premier pays à parvenir à la « triple élimination » de la transmission mère-enfant du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B.

Le Burundi, l’Égypte, les Fidji, la Mauritanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Sénégal ont éliminé le trachome, la Guinée et le Kenya ont éliminé la maladie du sommeil, et le Niger est devenu le premier pays africain à éliminer la cécité des rivières.

La Géorgie, le Suriname et le Timor-Leste ont quant à eux été certifiés exempts de paludisme, et sept pays ont introduit des vaccins contre le paludisme approuvés par l’OMS, portant le nombre total à 24.

En matière de VIH, l’OMS a préqualifié le lénacapavir injectable et publié des directives sur son utilisation, afin d’accélérer le déploiement de ce nouvel outil prometteur de prévention du VIH, qui pourrait infléchir la trajectoire de l’épidémie.

En ce qui concerne les maladies non transmissibles et la santé mentale, les États Membres ont approuvé à l’Assemblée générale des Nations Unies une déclaration politique ambitieuse, assortie d’objectifs concrets pour les cinq prochaines années. Nous nous réjouissons de son adoption par l’Assemblée générale la semaine prochaine.

Par ailleurs, pas plus tard que ce mois-ci, nous avons publié de nouvelles lignes directrices concernant l’utilisation des traitements GLP-1 pour le traitement de l’obésité.

2025 a également été une année exigeante, mais fructueuse, pour ce qui est des interventions de l’OMS face aux situations d’urgence à travers le monde.

Au total, nous sommes intervenus dans le cadre de 48 situations d’urgence touchant 79 pays, et avons fourni des services de santé essentiels à plus de 30 millions de personnes.

Nous avons débloqué 29 millions de dollars des États-Unis du Fonds de réserve pour les situations d’urgence en vue d’une intervention rapide face à 24 situations d’urgence dans 30 pays.

Nous avons aidé l’Ouganda et la République démocratique du Congo à enrayer des flambées de maladie à virus Ebola, apporté notre soutien au Sénégal et à la Mauritanie pour mettre fin à des épidémies de fièvre de la vallée du Rift, aidé le Rwanda à lutter contre une flambée de maladie à virus Marburg, et nous appuyons l’Éthiopie dans sa riposte à l’épidémie de maladie à virus Marburg qui y sévit actuellement.

Nous avons expédié une quantité record de 56 millions de doses de vaccins contre le choléra pour faire face à des flambées épidémiques dans 14 pays.

Nous avons déclaré la fin de la variole simienne en tant qu’urgence de santé publique de portée internationale.

Et nous avons apporté un soutien vital dans le cadre de nombreuses situations d’urgence humanitaire.

À Gaza, au cours des deux dernières années, nous avons livré plus de 2 500 tonnes de fournitures médicales et 18 millions de litres de carburant aux hôpitaux, ambulances et partenaires de santé, et soutenu plus de 10 600 évacuations médicales vers une trentaine de pays.

Au Soudan, depuis le début du conflit en 2023, nous avons livré près de 3000 tonnes de fournitures médicales, nous sommes intervenus face à des flambées de choléra, de dengue et de paludisme, et nous apportons un soutien direct à des dizaines d’hôpitaux, de centres de soins primaires, de cliniques mobiles et de centres de nutrition.

En Ukraine, nous avons déployé 17 équipes mobiles, qui ont assuré plus de 18 500 consultations de santé dans plus de 140 sites. Nous avons également appuyé l’évacuation médicale de plus de 6 200 personnes et fourni une formation en santé mentale à plus de 150 000 personnels de santé.

L’un des nombreux défis auxquels nous sommes confrontés à Gaza, au Soudan, en Ukraine et ailleurs est le nombre extrêmement élevé d’attaques visant les services de santé.

Depuis le début de l’année, l’OMS a confirmé que 1272 attaques ont visé ces services dans 18 pays et territoires, lesquelles ont causé près de 2000 morts et plus de 1100 blessés.

Hier encore, un établissement de santé du Myanmar a été visé par une attaque dans laquelle 33 personnes ont trouvé la mort et 20 autres ont été blessées.

Les attaques visant les services de santé constituent des violations du droit international dont il est extrêmement rare que quiconque soit tenu de répondre.

L’OMS appelle tous les combattants de tous les pays à protéger les services de santé, conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international.

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Comme vous le savez, 2025 a aussi été une année de défis majeurs pour la santé mondiale et pour l’OMS.

Les fortes coupes imposées à l’aide au développement ont gravement perturbé les services de santé dans de nombreux pays.

Selon les premières estimations, la mortalité infantile pourrait repartir à la hausse pour la première fois depuis le début du siècle.

L’OMS apporte son soutien aux pays pour les aider à maintenir les services et à sortir progressivement de la dépendance à l’aide extérieure, au profit d’une autonomie durable, fondée sur les ressources nationales.

À court terme, l’OMS aide les pays à mettre au point des ensembles de prestations essentielles pour la santé à un coût abordable ;

à introduire des taxes pour la santé sur le tabac, l’alcool et les boissons sucrées ou à augmenter les taxes existantes ;

et à renforcer la production nationale, les achats groupés et d’autres initiatives.

À plus long terme, les pays peuvent renforcer les mécanismes de partage des risques pour améliorer la protection financière, notamment grâce à l’assurance-maladie financée par les deniers publics.

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’OMS a elle aussi été touchée.

Suite à l’annonce, par les États-Unis d’Amérique, de leur intention de se retirer de l’OMS et aux coupes budgétaires décidées par d’autres pays, nous nous retrouvons confrontés à un déficit lié aux traitements d’environ 500 millions de dollars des États-Unis pour les deux prochaines années.

Face à cette situation, nous nous sommes serré la ceinture et nous sommes lancés dans un important exercice d’établissement des priorités et de réalignement, que nous avons presque terminé.

Malheureusement, nous n’avons eu d’autre choix que de réduire considérablement nos effectifs mondiaux.

Cette crise couvait depuis longtemps. Depuis les années 1980, l’OMS est devenue de plus en plus dépendante des contributions volontaires et à objet désigné d’un petit nombre de donateurs.

Dans le cadre de la transformation de l’OMS menée ces huit dernières années, nous avons pris plusieurs mesures destinées à atténuer cette dépendance.

Parmi les plus importantes, l’OMS a proposé en 2022 d’augmenter progressivement les contributions fixées pour les porter à 50 % du budget de base, contre seulement 14 % à l’époque – proposition que les États Membres ont approuvée.

Cette mesure est tout à fait historique, sachant que la plus grande augmentation décidée depuis la création de l’Organisation avait été de 3 %.

La première augmentation a été approuvée en 2023, la deuxième lors de l’Assemblée mondiale de la Santé de cette année, et trois autres augmentations sont prévues en mai 2027, en mai 2029 et en mai 2031.

Si ces augmentations sont menées à bien, elles constitueront une étape majeure sur la voie de la stabilité, la durabilité et l’indépendance à long terme de l’OMS, qui permettra d’éviter des chocs comme celui que nous connaissons en ce moment.

Dire au revoir à tant de collègues dévoués et talentueux a été très difficile pour nous toutes et tous.

Mais le monde a encore besoin de l’OMS, et nous restons attachés à la vision que les nations du monde avaient lorsqu’elles ont fondé cette Organisation en 1948 : le meilleur état de santé que tout être humain est capable d’atteindre, non pas comme un luxe accessible à quelques-unes et quelques-uns, mais bien comme un droit pour toutes et tous.

Merci encore à vous toutes et tous pour l’intérêt que vous portez aux travaux de l’OMS.

Fadéla, c’est à vous.