Principaux faits
- La dengue est une infection virale transmise par les moustiques qui sévit dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, avec une prédilection pour les zones urbaines et semi-urbaines.
- Le virus responsable de la maladie est le virus de la dengue (DENV). Il en existe quatre sérotypes, ce qui signifie qu’il est possible d’être infecté quatre fois.
- Bien que de nombreuses infections à DENV n’entraînent que des manifestations bénignes, le DENV peut provoquer une maladie aiguë d’allure grippale. Parfois, des complications potentiellement mortelles surviennent. On parle alors de dengue sévère.
- La dengue sévère est l’une des principales maladies graves et causes de décès dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine. Elle doit être prise en charge par un médecin.
- Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue ou de la dengue sévère. La détection précoce des signes d’évolution vers la dengue sévère et l’accès à des soins médicaux appropriés permettent de ramener le taux de mortalité de la dengue sévère à moins de 1 %.
- L’incidence mondiale de la dengue a augmenté de manière spectaculaire au cours des dernières décennies. La moitié de la population mondiale environ est exposée au risque. Bien qu’il y ait 100 à 400 millions d’infections chaque année selon les estimations, plus de 80 % d’entre elles sont généralement bénignes et asymptomatiques.
- La lutte contre la dengue repose sur des mesures antivectorielles efficaces. Une participation communautaire soutenue peut rendre la lutte antivectorielle beaucoup plus efficace.
La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques qui s’est rapidement propagée dans toutes les Régions de l’OMS ces dernières années. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre de moustiques femelles infectés, principalement de l’espèce Aedes aegypti, mais aussi d’Ae. albopictus, dans une moindre mesure. Ces moustiques sont aussi vecteurs du virus du chikungunya, du virus amaril et du virus Zika. La dengue est largement répandue sous les tropiques, avec des variations locales de risque surtout fonction des précipitations, de la température, de l’humidité relative et de l’urbanisation rapide et non maîtrisée.
La dengue se manifeste par un large éventail de symptômes, qui peuvent aller de manifestations infracliniques (les sujets ne savent pas toujours qu’ils sont infectés) à de graves symptômes d’allure grippale. Bien que ce soit moins fréquent, certaines personnes sont atteintes de dengue sévère, une forme de la maladie qui entraîne un certain nombre de complications liées à des hémorragies graves, à des défaillances organiques et/ou à des fuites plasmatiques. En cas de dengue sévère, le risque de décès est plus élevé si la prise en charge n’est pas adaptée. La dengue sévère a été décrite pour la première fois dans les années 1950, au cours d’épidémies aux Philippines et en Thaïlande. Aujourd’hui, les pays d’Asie et d’Amérique latine sont les plus touchés et elle est devenue une cause majeure d’hospitalisation et de mortalité pour les enfants et les adultes dans ces régions.
La dengue est due à un virus de la famille des Flaviviridae, dont on distingue quatre sérotypes, étroitement apparentés (DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4). On pense que la guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l’origine de l’infection. En revanche, l’immunité croisée contre les autres sérotypes après guérison n’est que partielle et temporaire. Des infections ultérieures (secondaires) par d’autres sérotypes accroissent le risque de survenue d’une dengue sévère.
Les caractéristiques épidémiologiques de la dengue sont différentes selon le sérotype du virus. Les quatre sérotypes peuvent circuler en même temps dans une région, et, en effet, ils sont hyperendémiques dans de nombreux pays. L’impact de la dengue sur la santé humaine et l’économie aux niveaux mondial et national est très inquiétant. Les voyageurs infectés transportent souvent le DENV d’un endroit à l’autre ; lorsque des vecteurs sensibles sont présents dans ces zones indemnes, il est possible qu’une transmission locale s’instaure.
Charge mondiale de la dengue
L’incidence de la dengue a augmenté de manière spectaculaire au cours des dernières décennies. L’immense majorité des cas sont asymptomatiques ou bénins et pris en charge par le sujet lui-même, et par conséquent le nombre réel de cas de dengue est sous-notifié. En outre, comme pour d’autres affections fébriles, de nombreux cas sont mal diagnostiqués.[1]
Selon des estimations issues d’une modélisation, 390 millions d’infections par le virus de la dengue surviennent chaque année [intervalle de crédibilité : 284-528 millions], dont 96 millions [67-136 millions] se manifestent cliniquement (tous degrés de gravité confondus).[2] Selon une autre étude sur la prévalence de la dengue, 3,9 milliards de personnes risquent de contracter l’infection. Le risque d’infection existe dans 129 pays[3] mais 70 % de la charge réelle pèse sur l’Asie.[2]
Le nombre de cas de dengue notifiés à l’OMS a été multiplié par plus de huit au cours des deux dernières décennies, passant de 505 430 cas en 2000 à plus de 2,4 millions de cas en 2010 et 5,2 millions de cas en 2019. Le nombre de décès déclarés entre 2000 et 2015 est passé de 960 à 4032.
Cette augmentation alarmante du nombre de cas s’explique en partie par un changement des pratiques nationales concernant l’enregistrement et la notification des cas de dengue au ministère de la santé et à l’OMS. Mais elle est aussi due au fait que les pouvoirs publics admettent l’existence de la charge de la dengue et donc la pertinence de la notifier. Par conséquent, bien que la charge totale de la maladie au niveau mondial ne soit pas connue avec certitude, cette augmentation observée nous rapproche d’une estimation plus précise de l’ampleur de la charge.
Répartition et flambées de dengue
Avant 1970, seuls neuf pays avaient connu des épidémies de dengue sévère. La maladie est aujourd’hui endémique dans plus de 100 pays dans les Régions OMS de l’Afrique, des Amériques, de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental. Les Régions des Amériques, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental sont les plus gravement touchées, l’Asie concentrant environ 70 % de la charge de morbidité mondiale.
Non seulement le nombre de cas augmente à mesure que la maladie se propage à de nouvelles zones, y compris l’Europe, mais on assiste également à des flambées explosives. La menace d’une flambée de dengue existe désormais en Europe. Une transmission locale a été signalée pour la première fois en France et en Croatie en 2010, et des cas importés ont été détectés dans trois autres pays européens. En 2012, une flambée sur l’archipel de Madère (Portugal) a provoqué plus de 2000 cas et des cas importés ont été détectés au Portugal continental et dans 10 autres pays européens. Des cas autochtones sont désormais observés presque chaque année dans de nombreux pays européens. Chez les voyageurs qui reviennent de pays à revenu faible ou intermédiaire, la dengue est la deuxième affection fébrile la plus diagnostiquée après le paludisme.
En 2020, la dengue a touché plusieurs pays et le nombre de cas a augmenté au Bangladesh, au Brésil, en Équateur, dans les Îles Cook, en Inde, en Indonésie, aux Maldives, en Mauritanie, à Mayotte (France), au Népal, à Singapour, à Sri Lanka, au Soudan, en Thaïlande, au Timor-Leste et au Yémen. En 2021, la dengue continue de toucher le Brésil, la Colombie, les Fidji, les Îles Cook, le Kenya, le Paraguay, le Pérou et la Réunion.
La pandémie de COVID-19 fait peser une formidable pression sur les systèmes de soins de santé et de prise en charge dans le monde. L’OMS insiste sur l’importance qu’il y a à maintenir les efforts de prévention, de détection et de traitement des maladies à transmission vectorielles, comme la dengue et d’autres arboviroses, en cette période cruciale, dans la mesure où le nombre de cas augmente dans plusieurs pays, ce qui expose davantage les populations urbaines aux deux maladies. L’impact combiné des épidémies de COVID-19 et de dengue est susceptible d’avoir des conséquences dévastatrices sur les populations à risque.
Le nombre de cas de dengue notifiés dans le monde a atteint son maximum en 2019. Toutes les Régions de l’OMS ont été touchées et la transmission de la dengue a été enregistrée en Afghanistan pour la première fois.
Pour la seule Région des Amériques, 3,1 millions de cas, dont plus de 25 000 classés comme sévères, ont été notifiés. Malgré ce nombre alarmant de cas, les décès associés à la dengue ont été moins nombreux que l’année précédente.
En Asie, de nombreux cas ont été notifiés au Bangladesh (101 000), en Malaisie (131 000), aux Philippines (420 000) et au Viet Nam (320 000).
Au cours de l’année 2016, marquée par d’importantes flambées de dengue, plus de 2,38 millions de cas ont été notifiés dans la Région des Amériques, dont 1,5 million au Brésil, soit environ trois fois plus qu’en 2014 ; 1032 décès liés à la dengue ont également été signalés dans la Région. La même année, plus de 375 000 cas suspects ont été notifiés dans la Région du Pacifique occidental, dont 176 411 cas aux Philippines et 100 028 cas en Malaisie, ce qui représente une charge similaire à celle de l’année précédente pour les deux pays. Les Îles Salomon ont déclaré une flambée, avec plus de 7000 cas suspects. Dans la Région africaine, le Burkina Faso a signalé une flambée de dengue localisée, avec 1061 cas probables.
En 2017, on signale une diminution notable dans les Amériques, le nombre de cas passant de 2 177 171 en 2016 à 584 263 en 2017, soit une baisse de 73 %. Le Panama, le Pérou et Aruba ont été les seuls pays à enregistrer une augmentation du nombre de cas en 2017.
De même, le nombre de cas de dengue sévère enregistrés a baissé de 53 % en 2017. On a constaté une baisse du nombre de cas de dengue au cours de la période qui a suivi la flambée de maladie à virus Zika (après 2016) mais on ignore encore quels en sont exactement les facteurs.
Transmission
Transmission par les moustiques
Le virus se transmet par la piqûre de moustiques femelles infectés, principalement de l’espèce Aedes aegypti. D’autres espèces du genre Aedes peuvent également être des vecteurs, mais leur contribution est secondaire par rapport à celle d’Aedes aegypti.
Lorsqu’un moustique prend son repas sanguin sur une personne infectée par le DENV, le virus se réplique dans son intestin moyen avant de se propager aux tissus secondaires, y compris les glandes salivaires. Le délai qui s’écoule entre l’ingestion du virus et la transmission à un nouvel hôte est appelé « période d’incubation extrinsèque » (PEI). La PEI dure environ 8 à 12 jours lorsque la température ambiante est comprise entre 25° C et 28 °C.[4-6] Les variations de la période d’incubation extrinsèque ne dépendent pas seulement de la température ambiante ; un certain nombre de facteurs tels que l’ampleur des fluctuations quotidiennes de température,[7, 8] le génotype du virus[9] et la concentration virale initiale[10] peuvent également modifier le délai nécessaire pour qu’un moustique transmette le virus. Une fois qu’il est infectieux, un moustique peut transmettre le virus jusqu’à sa mort.
Transmission de l’être humain au moustique
Les moustiques peuvent être infectés par des sujets virémiques. Il peut s’agir de sujets chez qui la dengue est symptomatique, de sujets qui ne présentent pas encore de symptômes (présymptomatiques) mais aussi de sujets qui ne présentent aucun signe de la maladie (asymptomatiques).[11]
La transmission de l’être humain au moustique peut survenir jusqu’à deux jours avant l’apparition des symptômes de la maladie[5, 11] et jusqu’à deux jours après la disparition de la fièvre.[12]
Le risque d’infection des moustiques est positivement associé à une virémie élevée et à une forte fièvre chez le patient ; inversement, des niveaux élevés d’anticorps anti-DENV sont associés à une diminution du risque d’infection des moustiques (Nguyen et al 2013 PNAS). La plupart des sujets sont virémiques pendant 4 à 5 jours, mais la virémie peut durer jusqu’à 12 jours [13].
Autres modes de transmission
Entre êtres humains, le DENV se transmet principalement par l’intermédiaire de moustiques vecteurs. Cependant, des données montrent que la transmission de la mère à l’enfant (d’une femme enceinte à son enfant) est possible. Les taux de transmission verticale semblent faibles et le risque de transmission verticale est apparemment lié au moment de l’infection à DENV au cours de la grossesse.[14-17] Lorsqu’une femme enceinte est atteinte d’une infection à DENV, l’enfant peut naître prématuré, et présenter une insuffisance pondérale à la naissance et une détresse fœtale. [18]
Écologie du vecteur
Le moustique Aedes aegypti est considéré comme le principal vecteur du DENV. Il vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Ae. aegypti se nourrit le jour ; il pique principalement tôt le matin et le soir avant le coucher du soleil.[19] Les Ae. aegypti femelles se nourrissent souvent plusieurs fois entre chaque période de ponte.[20] Une fois qu’une femelle a pondu ses œufs, ceux-ci peuvent rester viables pendant plusieurs mois et éclore quand ils sont en contact avec l’eau.
Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé dans plus de 32 États des États-Unis d’Amérique et dans plus de 25 pays de la Région européenne, en grande partie du fait du commerce international de pneus usagés (un gîte larvaire) et d’autres marchandises (par exemple la canne chinoise ou lucky bambou). Ae. albopictus s’adapte très facilement. Sa répartition géographique s’explique en grande partie par le fait que les œufs et les adultes tolèrent le froid.[21, 22] Aedes albopictus a été le principal vecteur du DENV dans un nombre limité de flambées, où Aedes aegypti n’était pas présent ou était présent en petit nombre.[23, 24]
Caractéristiques de la maladie (signes et symptômes)
La dengue est une maladie grave de type grippal qui touche les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes mais dont l’issue est rarement fatale. Les symptômes apparaissent à la suite d’une période d’incubation de 4 à 10 jours après la piqûre d’un moustique infecté et perdurent en général de 2 à 7 jours.[25] L’Organisation mondiale de la Santé classe la dengue en deux grandes catégories : la dengue (avec ou sans signes d’alerte) et la dengue sévère. La distinction entre la dengue avec signes d’alerte et celle sans signes d’alerte est censée aider les praticiens à trier les patients en vue de leur hospitalisation, en assurant une observation attentive pour réduire autant que possible le risque d’aggravation (voir ci-dessous).
Dengue
La dengue doit être suspectée lorsqu’une forte fièvre (40°C) s’accompagne de deux des symptômes suivants :
- céphalées sévères
- douleur rétro-orbitaire
- douleurs musculaires et articulaires
- nausées
- vomissements
- adénopathies
- éruption cutanée
Dengue sévère
La phase critique débute normalement 3 à 7 jours après l’apparition de la maladie. C’est à ce moment-là, quand la fièvre tombe (au-dessous de 38° C) que des signes d’alerte associés à la dengue sévère peuvent apparaître. La dengue sévère est une complication potentiellement mortelle due à une fuite plasmatique, une accumulation liquidienne, une détresse respiratoire, des hémorragies profuses ou une insuffisance organique.
Les signes d’alerte que les médecins doivent rechercher sont les suivants :
- douleurs abdominales sévères
- vomissements persistants
- tachypnée
- gingivorragie
- fatigue
- agitation
- hématémèse
En cas d’apparition de ces symptômes au cours de la phase critique, une observation attentive pendant les 24 heures à 48 heures qui suivent est essentielle afin que des soins médicaux appropriés puissent être prodigués, pour éviter les complications et le décès.
Diagnostics
Il existe plusieurs méthodes de diagnostic de l’infection à DENV. On peut avoir recours à des tests virologiques, qui détectent directement des éléments du virus, et à des tests sérologiques, qui détectent des composantes produites par le système immunitaire en réaction au virus. Selon le moment où le patient se présente, l’application de différentes méthodes de diagnostic est plus ou moins appropriée. Les échantillons prélevés sur le patient au cours de la première semaine de la maladie doivent être analysés suivant des méthodes sérologiques et virologiques (RT-PCR).
Méthodes virologiques
Le virus peut être isolé dans le sang au cours des premiers jours de l’infection. Il existe plusieurs méthodes de transcription inverse suivie d’une amplification en chaîne par polymérase (RT-PCR). En général, les tests RT-PCR sont sensibles, mais ils nécessitent un équipement spécialisé et une formation technique, et il n’est donc pas toujours possible d’en effectuer dans tous les établissements de santé. Les produits issus de la RT-PCR effectuée à partir d’échantillons cliniques peuvent également servir au génotypage du virus, ce qui permet de faire des comparaisons avec des échantillons de virus provenant de diverses sources géographiques.
Le virus peut aussi être détecté par des tests de dépistage d’une protéine produite par le virus, appelée NS1. Il existe des tests de diagnostic rapide disponibles dans le commerce, car il ne faut que 20 minutes environ pour obtenir le résultat, et le test ne nécessite pas de techniques ou de matériel de laboratoire spécialisés.
Méthodes sérologiques
Les méthodes sérologiques, tels que les titrages avec un immuno-absorbant lié à une enzyme (ELISA), peuvent confirmer la présence d’une infection récente ou plus ancienne, grâce à la détection d’anticorps anti-dengue IgM et IgG. Les anticorps IgM sont détectables environ une semaine après l’infection et leur titre est maximal 2 à 4 semaines après le début de la maladie. Ils restent détectables pendant environ 3 mois. La présence d’IgM est révélatrice d’une infection récente à DENV. Les IgG apparaissent plus tard que les IgM, mais ils restent présents dans l’organisme pendant plusieurs années. La présence d’IgG est révélatrice d’une infection ancienne à DENV.
Traitement
Il n’existe pas de traitement spécifique de la dengue.
Les antipyrétiques et les analgésiques permettent de faire baisser la fièvre et de soulager les douleurs musculaires.
- Les meilleurs médicaments pour traiter ces symptômes sont l’acétaminophène ou le paracétamol.
- Il faut éviter les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), comme l’ibuprofène et l’aspirine. Ces médicaments anti-inflammatoires fluidifient le sang et, dans une maladie comportant un risque hémorragique, ceci peut assombrir le pronostic.
Pour la dengue sévère, une prise en charge par des médecins et des infirmiers expérimentés et connaissant les effets et l’évolution de la maladie peut sauver des vies en ramenant le taux de mortalité de plus de 20 % à moins de 1 %. Il est essentiel de maintenir les volumes liquidiens du patient dans le traitement de la dengue sévère. Les patients atteints de dengue doivent consulter un médecin dès l’apparition de signes d’alerte.
Vaccination contre la dengue
Le premier vaccin contre la dengue, Dengvaxia®, mis au point par Sanofi Pasteur, a été homologué en décembre 2015 et il est aujourd’hui approuvé par les autorités de réglementation d’une vingtaine de pays. En novembre 2017, les résultats d’une analyse supplémentaire visant à déterminer rétrospectivement le statut sérologique au moment de la vaccination ont été publiés. L’analyse a montré que le sous-ensemble des participants à l’essai dont on avait déduit qu’ils étaient séronégatifs au moment de la première vaccination présentait un risque plus élevé de dengue plus sévère et d’hospitalisation que les participants non vaccinés. Le vaccin est donc réservé aux personnes vivant dans les zones d’endémie, âgées de 9 à 45 ans, qui ont déjà eu au moins une infection avérée par le virus de la dengue.
Position de l’OMS sur le vaccin CYD-TDV
Comme indiqué dans la note de synthèse de l’OMS sur le vaccin Dengvaxia (septembre 2018), des essais cliniques ont montré que le vaccin contre la dengue vivant atténué CYD-TDV était efficace et sûr chez les personnes ayant subi antérieurement une infection par le virus de cette maladie (individus séropositifs). Toutefois, il comporte un risque accru de forme sévère pour les personnes subissant après la vaccination leur première infection naturelle par le virus de dengue (individus séronégatifs au moment de la vaccination). Pour les pays qui envisagent de vacciner dans le cadre de leur programme de lutte contre la dengue, le dépistage prévaccinal est la stratégie recommandée. Avec cette stratégie en effet, seules les personnes présentant des preuves d’une infection antérieure par le virus de la dengue seront vaccinées (sur la base d’un test de détection des anticorps ou de l’expérience attestée d’une infection antérieure par la dengue, confirmée en laboratoire). Les décisions concernant la mise en œuvre d’une stratégie prévoyant un dépistage prévaccinal nécessiteront une évaluation soigneuse au niveau national, prenant notamment en compte la sensibilité et la spécificité des tests disponibles, les priorités locales, l’épidémiologie de la dengue, les taux d’hospitalisation pour une dengue spécifiques au pays et le caractère abordable ou non du vaccin CYD-TDV et des tests de dépistage.
La vaccination devra être envisagée comme faisant partie intégrante de la stratégie pour prévenir et combattre la dengue. Il est actuellement nécessaire de respecter les autres mesures de prévention des maladies telles qu’une lutte antivectorielle bien menée et durable. Les personnes, qu’elles soient vaccinées ou non, devront solliciter sans délai des soins médicaux si elles présentent des symptômes analogues à ceux de la dengue.
Prévention et lutte
Si vous savez que vous avez la dengue, évitez de vous faire piquer à nouveau par des moustiques au cours de la première semaine de la maladie. Il se peut que le virus circule dans le sang pendant cette période et vous pouvez donc transmettre le virus à de nouveaux moustiques non infectés, qui peuvent à leur tour infecter d’autres personnes.
Le fait que des gîtes larvaires se trouvent à proximité des habitations est un facteur de risque important de dengue et d’autres maladies transmises par les moustiques du genre Aedes. Actuellement, le seul moyen de prévenir ou de combattre la transmission du virus de la dengue est de lutter contre les moustiques vecteurs :
- en évitant que les moustiques ne se reproduisent :
- en évitant que les moustiques n’aient accès aux gîtes larvaires, par une gestion et une modification de l’environnement ;
- en éliminant correctement les déchets solides et enlevant les habitats créés par l’homme susceptibles de retenir l’eau ;
- en couvrant, en vidant et en nettoyant toutes les semaines les conteneurs qui servent à conserver l’eau domestique ;
- en épandant des insecticides adaptés sur les conteneurs pour la conservation de l’eau à l’extérieur ;
- en se protégeant des piqûres de moustiques :
- en prenant des mesures de protection de l’habitation (pose de moustiquaires aux fenêtres, pulvérisation de répulsifs, utilisation de matériels imprégnés d’insecticide, de spirales et de pulvérisateurs) ; Ces mesures doivent être appliquées pendant la journée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du logement (par exemple, au travail ou à l’école) parce que les principaux moustiques vecteurs piquent pendant la journée ;
- en portant des vêtements qui couvrent autant que possible la peau pour éviter les piqûres de moustiques ;
- par la participation communautaire :
- en sensibilisant les communautés aux risques que représentent les maladies transmises par les moustiques ;
- en collaborant avec les communautés pour améliorer la participation et la mobilisation pour une lutte antivectorielle durable ;
- par une lutte antivectorielle réactive :
- Les autorités sanitaires peuvent appliquer des mesures de lutte antivectorielle d’urgence comme l’épandage et la pulvérisation d’insecticides pendant les flambées ;
- par une surveillance active des moustiques et des virus :
- moyennent le contrôle et la surveillance active de l’abondance des vecteurs et de la présence de différentes espèces pour déterminer l’efficacité des interventions de lutte.
- moyennant une surveillance prospective de la prévalence du virus dans la population de moustiques et dépistage actif dans les collections de moustiques sentinelles ;
En outre, de nombreux groupes de collaborateurs internationaux mènent actuellement des recherches sur des outils et des stratégies novateurs qui contribueront aux efforts mondiaux visant à interrompre la transmission de la dengue et d’autres maladies transmises par les moustiques. L’OMS prône l’intégration des approches de gestion vectorielle pour mettre en œuvre des interventions de lutte antivectorielle durables et efficaces, adaptées au niveau local.
Action de l’OMS
L’OMS lutte contre la dengue de différentes manières :
- elle aide les pays à confirmer les flambées par l’intermédiaire de son réseau de laboratoires collaborateurs ;
- elle fournit une assistance technique et des orientations aux pays pour une gestion efficace des flambées épidémiques de dengue ;
- elle aide les pays à améliorer leurs systèmes de notification et à évaluer la véritable charge de la maladie ;
- avec certains de ses centres collaborateurs, elle assure des formations sur la prise en charge clinique, le diagnostic et la lutte antivectorielle aux niveaux national et régional ;
- elle élabore des stratégies et des politiques fondées sur des bases factuelles ;
- elle soutient les pays pour l’élaboration de stratégies de lutte contre la dengue et l’adoption de l’Action mondiale pour lutter contre les vecteurs (2017-2030)
- elle examine l’élaboration de nouveaux outils, dont des produits insecticides et des techniques d’application ;
- elle réunit les notifications officielles de dengue et de dengue sévère en provenance de plus d’une centaine d’États Membres ; et
- elle publie régulièrement, à l’intention des États Membres, des lignes directrices et des manuels pour la prise en charge des cas, la détection, la prévention et la lutte contre cette maladie.
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