Avortement

8 décembre 2025

L’essentiel

  • Six grossesses non désirées sur 10 se terminent par un avortement provoqué.
  • L’avortement est une intervention courante. Il est sans risque lorsqu’il est pratiqué selon une méthode recommandée par l’OMS et adaptée à la durée de la grossesse et quand la personne pratiquant l’avortement a les compétences nécessaires.
  • Cependant, environ 45 % des avortements sont pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité.
  • L’avortement non sécurisé constitue une cause importante, mais évitable, de décès maternel et de morbidité. Il peut entraîner des complications physiques et mentales ainsi qu’une charge sociale et financière pour les femmes, les communautés et les systèmes de santé.
  • Le manque d’accès, en temps opportun, à un avortement sécurisé, abordable et respectueux est un problème majeur de santé publique et une question de droits humains.

Vue d’ensemble

Environ 73 millions d’avortements provoqués sont pratiqués chaque année dans le monde. Six grossesses non désirées sur 10 (61 %) et trois grossesses sur 10 (29 %) au total se terminent par un avortement provoqué (1).

Les soins complets liés à l’avortement sont inscrits sur la liste des prestations de santé essentielles publiée par l’OMS en 2020. L’avortement, qui peut être médicamenteux ou chirurgical, est une intervention simple qui peut être effectuée de manière efficace par un large éventail de professionnels de santé. Au cours des 12 premières semaines de grossesse, un avortement médicamenteux peut également être entièrement ou partiellement autogéré en toute sécurité par la femme enceinte hors d’un établissement de soins de santé (par exemple, à domicile). Dans ce cas, la femme doit avoir accès à des informations précises, à des médicaments de qualité et au soutien d’un agent de santé qualifié (si elle en a besoin ou si elle le souhaite).

Les soins complets liés à l’avortement comprennent la fourniture d’informations, la prise en charge de l’avortement et les soins après l’avortement. La prise en charge de l’avortement comprend l’avortement provoqué (l’interruption délibérée d’une grossesse en cours par des moyens médicamenteux ou chirurgicaux), les soins liés à la perte de grossesse (par exemple, fausse couche/avortement spontané, avortement manqué et décès fœtal intra-utérin), ainsi que la prise en charge des complications après un avortement.

Les informations figurant ici portent essentiellement sur les soins liés à l’interruption volontaire de grossesse.

Ampleur du problème

L’avortement est une intervention sans risque quand il est pratiqué selon une méthode recommandée par l’OMS et adaptée à la durée de la grossesse et quand la personne pratiquant l’avortement a les compétences nécessaires (2).

Toutefois, lorsque les femmes dont la grossesse n’est pas désirée se heurtent à des obstacles pour obtenir, au moment opportun, un avortement sécurisé abordable, géographiquement accessible, respectueux et non discriminatoire, elles ont parfois recours à un avortement non sécurisé.

Les estimations mondiales portant sur la période 2010-2014 montrent que 45 % des interruptions volontaires de grossesse n’étaient pas sécurisées. Un tiers des avortements non sécurisés étaient pratiqués dans les conditions les plus dangereuses, c’est-à-dire par des personnes ne disposant pas de la formation adéquate dans ce domaine et ayant recours à des méthodes dangereuses et invasives. Plus de la moitié des avortements non sécurisés dans le monde sont pratiqués en Asie, pour la plupart en Asie méridionale et en Asie centrale. En Amérique latine et en Afrique, la majorité des avortements (environ 3 sur 4) ne sont pas sécurisés. En Afrique, près de la moitié des avortements ont lieu dans les conditions les plus dangereuses (3).

Conséquences du manque d’accès à des soins de qualité liés à l’avortement

Le manque d’accès à des soins liés à l’avortement qui soient sans risque, d’un coût abordable, dispensés au moment opportun et respectueux, ainsi que la stigmatisation associée à l’avortement, représentent des risques pour le bien-être physique et mental des femmes tout au long de leur vie.

L’inaccessibilité des soins de qualité liés à l’avortement risque de constituer une violation d’un éventail de droits humains des femmes et des filles, y compris le droit à la vie ; le droit au meilleur état de santé physique et mentale possible ; le droit de bénéficier du progrès scientifique et de ses applications ; le droit de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances et du moment opportun ; et le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Les décès maternels dus aux avortements non sécurisés sont souvent classés de façon erronée et sous-déclarés en raison de la stigmatisation.   Une revue portant sur la période 2009-2020 a montré que 8 % des décès maternels étaient liés à l’avortement (4). Tandis que le nombre de décès dus à un avortement sécurisé est négligeable (<1 sur 100 000), dans les régions où les avortements non sécurisés sont fréquents, les taux de mortalité sont élevés (> 200 sur 100 000 avortements) (4). D’après les estimations de 2012, dans les pays en développement, 7 millions de femmes par an étaient hospitalisées pour des complications dues à un avortement non sécurisé (5).

Parmi les risques pour la santé physique associés à l’avortement non sécurisé figurent notamment :

  • l’évacuation incomplète (les tissus et produits de la grossesse n’ont pas été complètement retirés ou expulsés de l’utérus) ;
  • les hémorragies (saignements abondants) ;
  • les infections ;
  • les perforations de l’utérus (par un objet pointu ou tranchant) ; et
  • les lésions de l’appareil génital et des organes internes par insertion d’objets dangereux dans le vagin ou l’anus.

Une réglementation restrictive en matière d’avortement peut entraîner une détresse et de la stigmatisation, et entraîner éventuellement une violation des droits humains des femmes et des filles, y compris le droit à la vie privée et le droit à la non-discrimination et à l’égalité, tout en imposant des charges financières aux femmes et aux filles. Les réglementations qui obligent les femmes à voyager pour obtenir une assistance juridique, ou qui exigent des conseils obligatoires ou des périodes d’attente, entraînent une perte de revenu et d’autres coûts financiers, et peuvent rendre l’avortement inaccessible aux femmes disposant de faibles ressources (6, 7).

Les estimations de 2006 montrent que les complications dues à des avortements non sécurisés coûtent aux systèmes de santé des pays en développement 553 millions de dollars des États-Unis (USD) par an pour les traitements après un avortement (8). En outre, les ménages ont subi une perte de revenu s’élevant à 922 millions USD du fait des handicaps de longue durée liés aux avortements non sécurisés (8). Les pays et les systèmes de santé pourraient réaliser des économies substantielles en améliorant l’accès à la contraception moderne et à l’avortement provoqué de qualité (7, 9).

Une revue exploratoire réalisée à partir de 2021 indique aussi que la légalisation de l’avortement a une incidence sur l’éducation des femmes, leur participation au marché du travail et contribue positivement à la croissance du PIB (9). Le statut juridique de l’avortement peut également avoir des conséquences sur les résultats scolaires des enfants et leurs revenus sur le marché du travail plus tard dans leur vie. En réduisant le nombre de grossesses non désirées et en augmentant ainsi la probabilité que les enfants naissent désirés, la légalisation de l’avortement peut être liée à des investissements plus importants des parents sur leurs enfants, notamment en faveur de la scolarisation des filles (9).

Développer des soins de qualité liés à l’avortement

Les données montrent que les restrictions en matière d’accès à l’avortement ne permettent pas de réduire le nombre d’avortements (1) ; toutefois, elles ont une incidence sur la question de savoir si les avortements pratiqués sur les femmes et les filles sont sécurisés et dignes. La proportion d’avortements non sécurisés est nettement plus élevée dans les pays où les lois sur l’avortement sont très restrictives que dans les pays où elles le sont moins (3).

Parmi les obstacles à un accès sûr et respectueux à l’avortement figurent notamment les coûts élevés, la stigmatisation à l’égard des femmes souhaitant avorter et des personnels de santé, ainsi que le refus des agents de santé de pratiquer un avortement du fait de leur conscience personnelle ou de leurs croyances religieuses. L’accès est en outre entravé par des lois et des exigences restrictives qui ne sont pas médicalement justifiées, notamment la criminalisation de l’avortement, les périodes d’attente obligatoires, la fourniture d’informations ou de conseils biaisés, l’autorisation d’un tiers et les restrictions concernant le type de prestataires ou d’établissements de santé pouvant fournir des services d’avortement.

De nombreuses mesures sont nécessaires au plan juridique, ainsi qu’au niveau des systèmes de santé et des communautés, afin que toute personne ayant besoin de soins de qualité liés à l’avortement puisse y avoir accès. Les trois éléments fondamentaux d’un environnement propice à la fourniture de soins complets de qualité liés à l’avortement sont les suivants :

  • le respect des droits humains, y compris un cadre juridique et politique favorable ;
  • la disponibilité et l’accessibilité de l’information ; et
  • un système de santé en mesure de fournir le soutien escompté, accessible à tous, abordable et efficace.

Le bon fonctionnement d’un système de santé implique de nombreux facteurs, notamment :

  • des politiques fondées sur des bases factuelles ;
  • une couverture sanitaire universelle ;
  • l’approvisionnement fiable en produits et équipements médicaux de qualité et abordables ;
  • un nombre suffisant d’agents de santé, exerçant différentes professions, fournissant des soins liés à l’avortement à une distance raisonnable pour les patientes ;
  • la fourniture de soins liés à l’avortement au moyen de diverses approches, par exemple les soins dans les établissements de santé, les interventions numériques et les approches d’auto-prise en charge, permettant de faire des choix en fonction des valeurs et des préférences de la femme enceinte, des ressources disponibles et la prise en compte du contexte national et local ;
  • les agents de santé doivent être formés pour dispenser des soins liés à l’avortement qui soient sans risque et respectueux, pour appuyer la prise de décisions éclairée et pour interpréter les lois et les politiques régissant l’avortement ;
  • les agents de santé doivent bénéficier d’un soutien et être protégés contre la stigmatisation ; et
  • la fourniture de contraceptifs pour prévenir les grossesses non désirées.

La disponibilité et l’accessibilité de l’information supposent :

  • une éducation sexuelle complète fondée sur des bases factuelles ; et
  • des informations précises, impartiales et fondées sur des données probantes en matière d’avortement et de méthodes contraceptives.

Action de l’OMS

L’OMS publie des orientations stratégiques et techniques mondiales sur l’utilisation de la contraception pour prévenir les grossesses non désirées, et fournit des informations sur les soins liés à l’avortement, la prise en charge de l’avortement (y compris les fausses couches, les avortements provoqués, l’évacuation complète et la mort fœtale) ainsi que les soins après un avortement. En 2022, l’OMS a publié des lignes directrices actualisées et consolidées sur les soins liés à l’avortement, comprenant l’ensemble de ses recommandations et déclarations de bonnes pratiques dans trois domaines essentiels à la fourniture de soins liés à l’avortement, à savoir la législation et les politiques, les services cliniques et la prestation de services. Une deuxième édition a été publiée en 2025.

L’OMS tient également à jour la base de données mondiale sur les politiques en matière d’avortement (Global Abortion Policies Database). Cette base de données interactive en ligne comprend des informations complètes sur la législation, les politiques, les normes et les lignes directrices applicables à tous les pays en matière d’avortements.

Sur demande, l’OMS fournit un soutien technique aux pays pour leur permettre d’adapter les lignes directrices en matière de santé sexuelle et reproductive à leur situation particulière et de renforcer les politiques et programmes nationaux relatifs à la contraception et aux soins de qualité liés à l’avortement sécurisé. Un cadre de suivi et d’évaluation de la qualité des soins liés à l’avortement est également en cours d’élaboration.

Le Programme spécial PNUD/UNFPA/UNICEF/OMS/Banque mondiale de recherche, de développement et de formation à la recherche en reproduction humaine (HRP), coparrainé par l’OMS, mène des travaux de recherche sur les soins cliniques, la réglementation en matière d’avortement, la stigmatisation relative à l’avortement, et de recherche appliquée sur les approches communautaires et celles des systèmes de santé pour la prévention des avortements non sécurisés. Il assure également le suivi de la charge mondiale que constituent les avortements non sécurisés et de leurs conséquences. 

1Un « avortement non sécurisé » est une intervention visant à interrompre une grossesse non désirée, effectuée soit par des personnes qui ne possèdent pas les compétences nécessaires, soit dans un contexte où les conditions sanitaires minimales n’existent pas, ou les deux. Les personnes, compétences et normes médicales considérées comme garantissant un avortement sécurisé sont différentes selon qu’il s’agit d’un avortement médicamenteux ou d’un avortement chirurgical et dépendent également de la durée de la grossesse. Dans le cadre de cette définition, ce qui est considéré comme « sécurisé » ou non sécurisé doit être interprété conformément aux dernières orientations techniques et politiques de l’OMS (2).


(1) Bearak J, Popinchalk A, Ganatra B, Moller A-B, Tunçalp Ö, Beavin C et al. Unintended pregnancy and abortion by income, region, and the legal status of abortion: estimates from a comprehensive model for 1990–2019. Lancet Glob Health. 2020 Sep; 8(9):e1152-e1161. doi : 10.1016/S2214-109X(20)30315-6. 

(2) Ganatra B, Tunçalp Ö, Johnston H, Johnson BR, Gülmezoglu A, Temmerman M. From concept to measurement: Operationalizing WHO's definition of unsafe abortion. Bull World Health Organ 2014;92:155; 10.2471/BLT.14.136333.

(3) Ganatra B, Gerdts C, Rossier C, Johnson Jr B R, Tuncalp Ö, Assifi A et al. Global, regional, and subregional classification of abortions by safety, 2010–14: estimates from a Bayesian hierarchical model. The Lancet. 2017 Sep.

(4) Cresswell JA, Alexander M, Chong MYC et al. Global and regional causes of maternal deaths 2009-20: a WHO systematic analysis. Lancet Glob Health. 2025 Mar 7:S2214-109X(24)00560-6. doi : 10.1016/S2214-109X(24)00560-6. 

(5) Singh S, Maddow-Zimet I. Facility-based treatment for medical complications resulting from unsafe pregnancy termination in the developing world, 2012: a review of evidence from 26 countries. BJOG 2015; published online Aug 19. DOI:10.1111/1471-0528.13552.

(6) Coast E, Lattof SR, Meulen Rodgers YV, Moore B, Poss C. The microeconomics of abortion: A scoping review and analysis of the economic consequences for abortion care-seekers. PLoS One. 2021 Jun 9;16(6):e0252005. doi : 10.1371/journal.pone.0252005. PMID: 34106927; PMCID: PMC8189560.

(7) Lattof SR, Coast E, Rodgers YVM, Moore B, Poss C. The mesoeconomics of abortion: A scoping review and analysis of the economic effects of abortion on health systems. PLoS One. 2020 Nov 4;15(11):e0237227. doi : 10.1371/journal.pone.0237227. PMID: 33147223; PMCID: PMC7641432.

(8) Vlassoff et al. Economic impact of unsafe abortion-related morbidity and mortality: evidence and estimation challenges. Brighton, Institute of Development Studies, 2008 (IDS Research Reports 59).

(9) Rodgers YVM, Coast E, Lattof SR, Poss C, Moore B. The macroeconomics of abortion: A scoping review and analysis of the costs and outcomes. PLoS One. 2021 May 6;16(5):e0250692. doi : 10.1371/journal.pone.0250692. PMID: 33956826; PMCID: PMC8101771.